COVID-19 : Un Prélat veut un "confinement total" au Soudan du Sud après que certains dignitaires ont été testés positifs.

Mgr Stephen Ameyu, archevêque de l'archidiocèse de Juba, au Soudan du Sud.
Credit: Domaine public

La lutte contre le COVID-19 au Soudan du Sud nécessite l'application de mesures strictes. Il s’agit notamment de la mise en place d'un "confinement total". Mgr Stephen Ameyu de l'archidiocèse de Juba, l'a suggéré suite à des informations faisant état d'infections dans la famille du premier vice-président du pays, le Dr Riek Machar, aux côtés d'autres dignitaires du gouvernement. 

Cependant, dans une interview accordée à ACI Afrique le mardi 19 mai 2020, Mgr Ameyu a réagi face aux derniers cas de COVID-19, qui ont affecté le premier vice-président et son épouse.

 "Je préférerais que nous allions vraiment vers un confinement total. Nous devons verrouiller afin de minimiser ces nouveaux cas de COVID-19", a-t-il proposé.

Il n'a pas caché son inquiétude face à cette situation alarmante.  "Si nous continuons à laisser les gens interagir, cette pandémie touchera toute la ville de Juba (capitale). C'est, il semble que les gens ne prennent pas vraiment les mesures au sérieux", a-t-il averti.

Toutefois, le bureau du premier vice-président du Soudan du Sud a confirmé que leur patron avait été testé positif au coronavirus. Sa femme Angelina Teny, Ministre de la Défense au sein du gouvernement d'unité nationale de transition revitalisé (R-TGoNU) qui a été formé le 22 février, a aussi été testée positif.

Dans une note de confirmation, il a été indiqué qu'un certain nombre de ses employés de bureau et de ses "gardes du corps" avaient également été testés positifs au COVID-19.  A cet effet, le vice-président Machar, qui faisait partie d'une équipe spéciale de lutte contre le coronavirus, a déclaré à la télévision publique, qu'il serait isolé pendant deux semaines dans sa résidence de Juba.

Dans une interview à "Voice of America", le porte-parole du pays, Michael Makuei, a confirmé que, lui et tous les membres du groupe de travail, composé de 15 personnes ont été testés positifs au virus.

"Oui, je suis positif. Je suis informé que tous les membres de l'ancien comité sont positifs", a-t-il déclaré en référence à l'ancien groupe de travail de haut niveau pour le COVID-19 qui a été dissous par le président Salva Kiir ce week-end. 

 Selon les derniers chiffres du ministère de la santé publiés le lundi 18 mai, ce pays d'Afrique de l'Est, qui sort d'une guerre civile dévastatrice de six ans, a enregistré à ce jour 339 cas de COVID-19 et six décès. Bien que ce nombre soit relativement faible, les organismes d'aide tirent la sonnette d'alarme face à la forte augmentation du nombre de cas ces derniers jours.

Au cours des deux premières semaines de mai, des décès inattendus d'officiers militaires, de diplomates et d'hommes d'affaires de renom, attribués à des défaillances cardiaques, se sont produits dans le centre de santé militaire de Giada et dans d'autres hôpitaux de la capitale, Juba.

De l'avis du chef du seul siège métropolitain catholique du Soudan du Sud, des mesures strictes devraient être prises en ce qui concerne les directives de prévention de la maladie.

"L'Eglise souffre avec le peuple du Soudan du Sud parce qu'il semble que les gens ne prennent pas vraiment leur responsabilité personnelle d'empêcher que ce COVID-19 ne les affecte", déplore Mgr Ameyu avant d'ajouter : "A moins que nous, les individus, n'assumions une responsabilité personnelle concernant notre propre santé, il ne sera pas possible pour un groupe de travail d'empêcher qu'un individu soit affecté".

 Il a ainsi réitéré la déclaration pastorale religieuse de la semaine dernière qui appelait à un engagement personnel pour prévenir la propagation éventuelle de COVID-19.

Le prélat Sud- soudanais a décrié l'attitude du public face à l'épidémie. "Il semble que les Sud-Soudanais considèrent le coronavirus comme une maladie peu grave pour la vie humaine", a-t-il décrié.

Dans l'interview accordée mardi à ACI Afrique, Mgr Ameyu a souligné la nécessité pour les dirigeants politiques "d'envoyer un signal préparatoire très fort pour un confinement au Soudan du Sud.

"Nous devrons préparer les gens au confinement. Il faut peut-être prévoir un peu de temps après l'annonce du confinement pour que les gens puissent prendre des dispositions pour les familles et les communautés", a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : "Quand viendra le moment du confinement, les gens ne se poseront pas de questions à cause de la faim... incapables de rester chez eux, pensant chercher de la nourriture ailleurs".

Le prélat de 56 ans a souligné l'importance d'une alerte rapide au public concernant les restrictions.

Il a en outre appelé le gouvernement à commencer à envisager de fournir une aide alimentaire d'urgence aux ménages en mettant l'accent sur les personnes vulnérables afin d'éviter de soumettre les personnes confinées à la famine.

"La nourriture devrait plutôt être apportée aux pauvres dans leurs maisons et aux personnes vulnérables dans les camps, afin de les empêcher d'aller au marché pour chercher quelque chose à manger", a-t-il affirmé.

Conscient de la vulnérabilité du clergé, des religieux et religieuses face à la crise du COVID-19, l'Ordinaire du lieu de Juba a déclaré : "Je ne pense pas que nous resterons immunisés contre ce genre de situation car nous sommes tous en interaction avec les gens de temps en temps".

Il déclare : "Je suis conscient que le président Salva Kiir a apporté des changements et j'espère que ces nouveaux changements apporteront au moins un type strict de moyens à appliquer en cette période de pandémie".

Il a ainsi exprimé l'optimisme du nouveau groupe de travail du Soudan du Sud sur COVID-19. Le président Kiir l'a reconstitué le week-end dernier. Il sera dirigé par le vice-président chargé du groupe de services du gouvernement, Hussein Abdelbagi.

"Je suis vraiment très désolé pour ce qui est arrivé à la deuxième famille, en particulier le Dr Riek Machar et sa femme, l'honorable Angelina, ainsi que tous les gardes du corps", a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : "je prie pour que Dieu les sauve vraiment de cette pandémie. Je leur souhaite bonne chance".


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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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