Un prêtre met en lumière le sort des réfugiés érythréens : Rejetés, exploités, prostitués, dépossédés

Un prêtre érythréen basé à Rome, connu pour son ministère auprès des réfugiés et des migrants qui traversent l'Afrique du Nord pour se rendre en Europe, a mis en lumière le sort des réfugiés érythréens en Ethiopie voisine qui, dit-il, ont été rejetés et sont devenus "victimes d'exploitation, de prostitution et de privations". ”

"Les réfugiés érythréens en Ethiopie risquent d'être rapatriés. Le gouvernement d'Addis-Abeba ne les considère plus comme ayant besoin d'une protection humanitaire", a déclaré le père Abba Mussie Zerai dans un article de l'Agenzia Fides du 10 septembre.

Le père Mussie, originaire d'Asmara, la capitale de l'Érythrée, ajoute : "L'Éthiopie ne prévoit plus d'accueillir les femmes, les enfants et les hommes qui fuient le régime d'Asmara dans les camps de réfugiés (à moins qu'ils ne soient liés d'une manière ou d'une autre aux forces armées érythréennes)".

Pays enclavé, l'Éthiopie abrite environ 769 000 réfugiés érythréens fuyant la persécution du régime autoritaire du président Isaias Afewerki. Ce régime se caractérise par un service national forcé d'une durée indéterminée, le travail forcé et la détention illégale, entre autres pratiques qui constituent des violations des droits de l'homme. 

Un récent changement de la politique de l'Éthiopie en matière de réfugiés a aggravé la situation des réfugiés érythréens dans le pays, de sorte qu'ils ne semblent plus les bienvenus.

En avril, l'Agence éthiopienne pour les réfugiés et les rapatriés (ARRA) a annoncé qu'elle n'accorderait plus le statut de réfugié "prima facie" aux Erythréens entrant dans le pays, contrairement à la politique précédente qui leur accordait le droit de rester.

Le chef de l'ARRA a également annoncé le rétrécissement des critères pour offrir l'asile aux Erythréens, les demandeurs devant prouver "une crainte personnelle de persécution basée sur une action ou une association politique ou religieuse ou une position militaire".

Les réfugiés touchés, les organismes d'aide ainsi que les Nations unies se sont opposés aux plans actuels du gouvernement éthiopien visant à fermer le camp de réfugiés de Hitsats. Selon le HCR, le camp accueille 26 652 réfugiés érythréens, dont 1 600 enfants non accompagnés.

La fermeture programmée du camp de réfugiés, dit le père Mussie, a produit de nombreux réfugiés urbains érythréens sans aucune forme de protection, de droits ou de besoins fondamentaux, les exposant ainsi "à toutes les formes d'exploitation et d'abus". 

Les personnes les plus vulnérables "sont les femmes et les mineurs, en particulier les mineurs non accompagnés, dont beaucoup sont laissés à eux-mêmes, avec le risque de finir victimes de prédateurs sexuels, réduits à un travail d'esclave", selon le prêtre nominé pour le prix Nobel de la paix 2015.

Il note en outre que la situation a accru le désespoir des réfugiés érythréens, les rendant vulnérables à la traite des êtres humains, tout en augmentant leur exode vers le Soudan et la Libye à la recherche de meilleures opportunités.

"Les Erythréens sont donc victimes d'exploitation, de prostitution et de privations", affirme le père Mussie, qui a fui en Italie à l'âge de 14 ans, dans l’article de l'Agenzia Fides.

Selon lui, la "situation délicate" à laquelle sont confrontés les réfugiés érythréens en Ethiopie est une conséquence de l'accord de paix de 2018, qui a mis fin à deux décennies de "guerre gelée" entre les deux nations de la Corne de l'Afrique.

"Ce que l'on espérait être un accord capable de garantir la paix et le développement dans la région, se transforme en fait en cauchemar pour de nombreux Erythréens qui ne peuvent pas retourner dans leur pays", déplore le clerc érythréen qui a été ordonné prêtre en 2010 dans le rapport du 10 septembre.

Au nom des réfugiés érythréens, le père Mussie appelle le gouvernement éthiopien à "respecter les obligations internationales découlant de son adhésion aux conventions qui protègent les droits des enfants et les droits des réfugiés".

"Nous demandons à l'Union européenne d'investir des ressources afin d'accueillir dignement ces réfugiés érythréens en Ethiopie. Sinon, l'exode vers l'Europe va s'accentuer, avec le triste bilan des morts dans le désert et en Méditerranée", prévient le prêtre. 

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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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