Advertisement

« Détruire les armes, guérir les cœurs » : l’archevêque de Douala appelle à la paix et au pardon au Cameroun

Mgr Samuel Kleda de l’Archidiocèse catholique de Douala au Cameroun a présenté une vision morale et sociale pour le pays d’Afrique centrale, appelant à une conversion des cœurs qui se traduirait par le pardon, l’unité, la justice et la fin de la violence.

Présidant la messe du Nouvel An dans la cour de la Cathédrale Saints-Pierre-et-Paul de son siège métropolitain le 1ᵉʳ janvier, solennité de Marie, Mère de Dieu, Mgr Kleda a exhorté les Camerounais à commencer l’année en démantelant non seulement les armes de guerre, mais aussi les attitudes intérieures qui alimentent la division et le conflit.

Dans son homélie, le prélat camerounais a présenté la paix comme la tâche déterminante de l’année 2026, affirmant qu’elle ne peut être imposée par la force ni par des décrets. « La paix ne peut s’enraciner dans la société que si elle règne d’abord dans les vies individuelles », a-t-il déclaré, appelant à ce qu’il a décrit comme une profonde conversion des cœurs.

Il a invité les fidèles à examiner leurs paroles et leurs actes, avertissant que les comportements quotidiens peuvent soit construire la paix, soit approfondir les blessures.

Mgr Kleda a exhorté les Camerounais à bannir « l’amertume, l’irritation, la colère, le mépris, les insultes et toutes les formes de méchanceté », et à les remplacer par la générosité, la tendresse et le pardon comme fondements du renouveau social.

Advertisement

Rejetant la violence comme une fausse solution aux crises du Cameroun, l’ordinaire du lieu de l’archidiocèse de Douala depuis novembre 2009 s’est adressé à tous ceux qui portent des armes ou justifient le conflit armé : « Détruisons toutes les armes de guerre et cessons de nous battre les uns contre les autres », a-t-il dit, avertissant que la violence n’engendre que la peur, la terreur et la mort, jamais la paix.

Évoquant les épreuves du peuple de Dieu au Cameroun, le responsable de l’Église catholique a affirmé que de nombreux Camerounais manquent aujourd’hui de ce qu’il a appelé la « paix du cœur », accablés par les difficultés économiques et l’insécurité sociale.

Il a énuméré certaines réalités qui sapent l’espérance : le chômage des jeunes, l’accès limité aux soins de santé, l’insécurité alimentaire, les pénuries d’eau et d’électricité, la détention préventive prolongée, les déplacements internes causés par les conflits et la pauvreté généralisée, entre autres.

« Le Cameroun est un pays très riche, et pourtant beaucoup de nos compatriotes se sentent contraints d’émigrer », a observé Mgr Kleda, décrivant cette situation comme un paradoxe troublant qui exige une réflexion sérieuse et des actions urgentes.

Il a noté que l’insécurité, la corruption et l’injustice continuent de miner la cohésion sociale et de freiner le développement national.

Plus en Afrique

Néanmoins, l’archevêque catholique, qui a commencé son ministère épiscopal en février 2001 comme évêque du diocèse catholique de Batouri, a cherché à encourager ceux qui se sentent submergés par la peur ou le découragement.

« Chaque obstacle que nous rencontrons est une grâce qui nous aide à grandir », a-t-il déclaré, invitant les Camerounais à voir même les expériences douloureuses comme des occasions de transformation et de solidarité.

Abordant les conflits persistants au Cameroun, notamment dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, Mgr Kleda a lancé un défi moral à ceux qui entretiennent ou tirent profit de la violence.

Il a averti que quiconque alimente délibérément le conflit sera jugé « d’abord par le tribunal de l’histoire, puis par le tribunal divin » pour le sang versé des innocents.

Dans son homélie du 1ᵉʳ janvier, le responsable de l’Église catholique a également souligné des signes d’espérance, saluant l’esprit de solidarité manifesté à Douala, où des personnes déplacées fuyant la violence ont été accueillies. Il a déclaré que la ville a ouvert ses portes à ceux qui sont affectés par les conflits, les recevant « comme des frères et des sœurs », un geste qu’il a présenté comme un exemple vivant de l’Évangile en action.

Advertisement

L’unité, a-t-il souligné, doit devenir un principe directeur pour le Cameroun en 2026. S’appuyant sur un proverbe bien connu, il a déclaré : « Une seule main ne peut pas attacher un fagot », soulignant la nécessité de l’effort collectif et du soutien mutuel.

Il a précisé que la véritable unité ne signifie pas l’uniformité, mais une harmonie enracinée dans la diversité, la comparant à l’esprit de la Pentecôte plutôt qu’à la confusion de la tour de Babel.

Mgr Kleda a insisté sur la réconciliation, rappelant au peuple de Dieu que la restauration des relations brisées passe même avant les actes de culte. Citant l’Écriture, il a dit : « Si ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier », affirmant que la responsabilité de la paix ne repose pas uniquement sur celui qui est perçu comme fautif.

Le pardon, a-t-il insisté, doit être généreux et persévérant. Il ne s’agit pas d’un geste ponctuel, a-t-il expliqué, mais d’un engagement continu qui doit être renouvelé encore et encore. Le pardon, a-t-il ajouté, « doit être offert non pas une seule fois, mais soixante-dix fois sept fois ».

Mettant en garde contre les attitudes endurcies, Mgr Kleda a déclaré que « le ressentiment, le refus de pardonner et les attitudes figées rendent la paix impossible, ravivant les tensions et perpétuant les conflits ». La paix véritable, a-t-il expliqué, « exige un dialogue honnête, la reconnaissance d’une responsabilité partagée et un engagement sincère en faveur du pardon et de la réconciliation ».

Abordant le leadership et la gouvernance, il a appelé les responsables politiques et sociaux à assumer concrètement la responsabilité de la paix en répondant aux souffrances réelles de la population. Il les a exhortés à « quitter leurs bureaux et à s’engager directement dans les réalités quotidiennes des Camerounais ordinaires », avertissant que l’indifférence à la souffrance engendre le désespoir et érode la confiance du public.

La paix, a insisté Mgr Kleda, ne peut durer sans justice ni développement. Condamnant la corruption comme une grave injustice, il a déclaré que les ressources de la nation appartiennent « à tous les Camerounais, et non à une minorité privilégiée ».

Il a exhorté tant les dirigeants que les citoyens à « rejeter l’avidité et à servir le bien commun, à l’exemple du Christ, qui est venu non pour être servi, mais pour servir ».

Au début de l’année 2026, Mgr Kleda a appelé tous les Camerounais à devenir des artisans de paix, prêts à sacrifier leurs intérêts personnels pour le bien de la nation.

Confiant l’année à l’intercession de Marie, Mère de Dieu, il a conclu son homélie sur une note d’espérance et de prière : « Engageons-nous à vivre cette nouvelle année 2026 sous la protection de la Mère de notre Seigneur et notre Mère. Si nous marchons avec elle en recourant à son intercession durant cette nouvelle année, son Fils nous comblera de ses grâces et de ses bénédictions. »

Jude Atemanke

Jude Atemanke est un journaliste camerounais passionné par la communication de l'Église catholique. Il est titulaire d'une licence en journalisme et communication de masse de l'Université de Buea au Cameroun. Actuellement, Jude est journaliste pour ACI Afrique.