Fragmentation culturelle et perte du bien commun
Les évêques catholiques avertissent que le tissu social de l’Éthiopie se déchire sous le poids des conflits tribaux, de la haine ethnique et des idéologies de division, aggravés par l’adoption non critique de la culture numérique moderne.
« La nouvelle culture façonnée par la numérisation efface nos valeurs de longue date », observent-ils, avertissant qu’une mentalité du « nous contre eux », amplifiée par les réseaux sociaux, érode le sens du bien commun.
« Nous risquons de perdre le sens du bien commun — le fait que le bien-être de chacun est lié au bien-être de tous », préviennent-ils.
« Notre terre est imprégnée de douleur » : affronter les conflits et les déplacements
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Les membres de la CBCE abordent sans détour la guerre et l’insécurité. « Notre terre est imprégnée de douleur », écrivent-ils, évoquant la guerre civile, les violences locales persistantes et les conflits enracinés dans la religion, l’ethnie et la politique.
Ils rappellent que la paix n’est pas simplement l’absence de guerre. « L’Église catholique nous enseigne que la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais la présence de la justice et l’épanouissement de la dignité humaine », affirment-ils.
Ils interrogent : « Quand en aurons-nous assez ? Quand nous détournerons-nous du cycle de la violence pour œuvrer à la guérison et à la reconstruction ? »
Ils décrivent les conséquences sociales des conflits — effondrement économique, érosion culturelle et déplacements massifs — en soulignant la situation dramatique des personnes déplacées internes et des Éthiopiens contraints à une vie précaire à l’étranger.
« En tant qu’Église, nous ne pouvons rester silencieux face à une telle souffrance », déclarent-ils. « Nous sommes appelés à être des instruments de paix, à défendre les sans-voix et à travailler sans relâche pour la réconciliation. »
L’échec du dialogue
Une autre blessure identifiée par les membres de la CBCE est la rupture du dialogue à tous les niveaux de la société. « Notre plus grand échec est peut-être notre incapacité à dialoguer », affirment-ils, déplorant une « Babylone de confusion » où les gens ne s’écoutent plus.
Ils citent l’encyclique Fratelli Tutti du pape François, soulignant que le dialogue authentique exige « la capacité de respecter le point de vue de l’autre et d’admettre qu’il peut contenir des convictions et des préoccupations légitimes ».
La synodalité comme acte de résistance
Face à la peur, à la division et à la violence, les évêques catholiques d’Éthiopie présentent la synodalité non comme un processus ecclésial abstrait, mais comme une réponse prophétique. « Marcher ensemble est un acte de résistance contre toute force qui divise et détruit », affirment-ils.
Citant le Vademecum du Synode, ils rappellent que la synodalité est « le chemin sur lequel l’Église est appelée à marcher… en faisant participer tous à un parcours d’écoute et de discernement communs ».
Ils soulignent qu’il ne s’agit « pas simplement d’un exercice ecclésial, mais d’un témoignage prophétique et d’une réponse concrète aux crises profondes auxquelles notre nation est confrontée ».
« N’ayez pas peur » : un cadre pour le courage
Dans l’une des sections les plus pastorales du message, les évêques catholiques exhortent à plusieurs reprises le peuple de Dieu : « N’ayez pas peur. »
Ils invitent les catholiques à marcher comme des « compagnons de route », à écouter profondément — surtout ceux des périphéries — et à dire la vérité « avec courage et prudence ».
Ils insistent pour que la vie liturgique et la prière demeurent centrales, encourageant les catholiques à ne pas craindre « de préserver leur identité catholique telle qu’exprimée dans leur vie liturgique ».
Les membres de la CBCE appellent également à la coresponsabilité dans la mission, exhortant les baptisés à participer activement à l’évangélisation et au développement humain intégral « au bénéfice de toute l’humanité, indépendamment de la croyance, de la tribu, de la religion ou de toute autre origine ».
Dialogue, œcuménisme, renouvellement de l’autorité comme service, discernement communautaire et formation à la synodalité sont tous articulés autour du même refrain : N’ayez pas peur.
Marie, modèle d’une Église synodale
Le message s’achève sur une vision mariale de l’Église.
« Nous voyons les traits d’une Église synodale, missionnaire et miséricordieuse briller pleinement dans la Vierge Marie », écrivent-ils, la décrivant comme celle qui « écoute, prie, médite, dialogue, accompagne, discerne, décide et agit ».
Invoquant saint Paul VI, ils rappellent que « l’action de l’Église dans le monde peut être comparée à une extension de la sollicitude de Marie ».
Une nouvelle voix publique pour une Église marginale
En demandant que leur message soit lu à voix haute lors des Messes paroissiales, les évêques catholiques d’Éthiopie s’assurent que leur appel au courage atteigne même les plus petites communautés.
Comme l’a confié la source missionnaire à ACI Afrique : « Peut-être que ce “n’ayez pas peur” est un nouveau départ pour une Église marginale. »
Dans une nation blessée par la peur, les membres de la CBCE choisissent de parler — avec clarté, foi et conviction synodale — proclamant à nouveau les paroles de l’ange : « N’ayez pas peur ; car voici que je vous annonce une grande joie. »