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Un archevêque catholique au Cameroun met en garde contre les tentatives de manipulation de l’Église

Le Président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) a précisé que la Conférence épiscopale n’est ni un parti politique ni un organe électoral ou constitutionnel, invitant les Camerounais à assumer leurs responsabilités civiques sans les transférer à l’Église catholique.

Dans son discours lors de la cérémonie d’ouverture du 49ᵉ Séminaire annuel de la CENC, tenu dans le diocèse catholique de Kumba, Mgr Andrew Nkea Fuanya a souligné que la Conférence des évêques existe pour exercer des fonctions pastorales au service des fidèles et de la société, conformément à l’enseignement de l’Église, et qu’elle ne doit pas être instrumentalisée à des fins politiques.

« Certaines personnes ne comprennent pas ce qu’est la Conférence épiscopale nationale et son rôle dans cette société », a déclaré Mgr Nkea lors de l’événement du mardi 6 janvier, organisé au Centre pastoral du Cœur Immaculé de Marie dans le diocèse de Kumba.

Il a expliqué qu’« une conférence des évêques, institution permanente, est un regroupement d’évêques d’une nation ou d’un territoire donné qui exercent conjointement certaines fonctions pastorales en faveur des fidèles chrétiens de leur territoire, afin de promouvoir le plus grand bien que l’Église offre à l’humanité, notamment à travers des formes et des programmes d’apostolat adaptés aux circonstances de temps et de lieu, selon les normes du droit ».

« Ainsi, une Conférence épiscopale n’est pas un parti politique, ni une commission électorale ou constitutionnelle chargée de proclamer les résultats des élections dans les différents pays », a précisé l’Ordinaire de l’archidiocèse de Bamenda.

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Il a ajouté : « J’en appelle donc aux Camerounais de tous horizons à assumer leurs responsabilités en tant qu’acteurs politiques et à cesser de se cacher derrière l’Église catholique en attendant qu’elle fasse leur travail. »

Des critiques, notamment des responsables politiques, des militants et des commentateurs sur les réseaux sociaux, ont accusé l’Église catholique d’une certaine « silence » face aux fraudes électorales lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun, alors que les évêques s’étaient montrés très expressifs avant, pendant et après le scrutin.

Le Conseil constitutionnel du Cameroun a confirmé la réélection du président Paul Biya, deuxième chef d’État africain ayant exercé le plus longtemps au pouvoir, après le président Teodoro Obiang de la Guinée équatoriale, à l’issue du scrutin du 12 octobre 2025.

Les résultats officiels ont donné Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages, contre 35,19 % pour le leader de l’opposition Issa Tchiroma Bakary.

Dans son allocution du 6 janvier, Mgr Nkea a rappelé que les évêques catholiques ont « clairement » affirmé dans leur lettre pastorale de 2025 que « c’est le droit et le devoir de chacun de participer à la vie politique, et il n’y a aucune raison pour que les chrétiens ne s’y intéressent pas ».

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« C’est un appel à ne pas se contenter de dénoncer les problèmes, mais à s’engager avec d’autres pour analyser les situations, discerner les enjeux et proposer des actions concrètes », a-t-il ajouté.

Par conséquent, a poursuivi Mgr Nkea, « les fidèles laïcs ne doivent jamais renoncer à leur participation à la vie publique, c’est-à-dire aux multiples domaines économiques, sociaux, législatifs, administratifs et culturels destinés à promouvoir de manière organique et institutionnelle le bien commun ».

Il a déclaré : « Depuis quelques années, l’Église s’exprime sur les souffrances du peuple et enseigne sur diverses questions sociales dans la société. »

« Cependant, nous commençons à constater que certaines personnes ferment les oreilles à l’enseignement des évêques et, lorsque ces derniers ne disent pas ce qu’elles veulent entendre, elles les accusent de complicité silencieuse avec les pouvoirs en place », a déploré le président de la CENC.

Il a insisté : « L’Église poursuivra sa mission prophétique et d’évangélisation, comme le dit saint Paul dans la deuxième lettre à Timothée (4,2). »

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« Ainsi donc, peuple camerounais, assumez vos responsabilités et laissez les évêques prêcher leur Évangile », a déclaré Mgr Nkea.

Évoquant la situation du Cameroun, Mgr Nkea a regretté la persistance de l’insécurité, de la corruption, de l’injustice et de la méfiance sociale, qu’il a qualifiées de facteurs sapant la paix et le développement.

Il a appelé à un renouveau moral, à l’unité, à la solidarité et à une conversion des cœurs comme fondements essentiels du redressement national.

Réfléchissant au thème du séminaire du 3 au 10 janvier, « Communion et collégialité », il a expliqué que les évêques entendent réfléchir « avec honnêteté à leurs propres actions et à leur témoignage en tant que membres de la CENC ».

Alors que le Cameroun s’approche de la clôture de l’Année jubilaire de l’Espérance 2025 de l’Église catholique, Mgr Nkea a rappelé au peuple de Dieu que l’espérance, en tant que vertu théologale, ne prend pas fin.

Il a souligné que l’espérance doit continuer d’inspirer la mission pastorale de l’Église dans la promotion de la dignité humaine, de la fraternité et de la solidarité, au-delà de toute appartenance politique.

Jude Atemanke

Jude Atemanke est un journaliste camerounais passionné par la communication de l'Église catholique. Il est titulaire d'une licence en journalisme et communication de masse de l'Université de Buea au Cameroun. Actuellement, Jude est journaliste pour ACI Afrique.