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Avant le consistoire extraordinaire, un prêtre plaide pour une nouvelle structure canonique sur la messe en latin

Alors que les cardinaux se réunissent cette semaine pour un consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier, un prêtre traditionaliste français a envoyé un mémorandum aux membres du Collège des cardinaux proposant la création d’une juridiction ecclésiastique spécifiquement organisée pour superviser la célébration de la messe traditionnelle latine, dans le but de résoudre la crise liturgique qui a marqué l’Église ces dernières années.

La lettre, datée du 24 décembre 2025 et rendue publique par la journaliste américaine Diane Montagna, a été rédigée par le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier en 1979 et figure éminente du mouvement Ecclesia Dei post-1988, qui avait participé au dialogue avec saint Jean-Paul II après les consécrations épiscopales illicites de l’archevêque Marcel Lefebvre.

« Avant le consistoire, où la liturgie sera à l’ordre du jour, je prends la liberté filiale de vous adresser ce court mémorandum », écrit de Blignières, 76 ans, en expliquant que son objectif est de proposer « une solution ecclésiale pouvant offrir un cadre stable à ces fidèles qui sont en pleine communion avec la hiérarchie catholique et attachés à l’ancien rite latin ».

Concrètement, de Blignières propose la création d’une nouvelle structure ecclésiale — telle qu’une administration apostolique personnelle ou un ordinariat — semblable à un diocèse mais non liée à un territoire précis. Plutôt qu’organisée géographiquement, elle regrouperait les prêtres et les fidèles attachés à la liturgie latine traditionnelle sous une seule autorité, où qu’ils se trouvent.

De Blignières cite des modèles canoniques existants, notamment les ordinariats militaires, qui exercent ce que le droit canonique appelle une « juridiction cumulative ». Dans ce dispositif, les prêtres et fidèles attachés au rite traditionnel appartiendraient à la nouvelle juridiction tout en restant membres de leurs diocèses locaux. Les évêques diocésains ne seraient donc pas contournés, mais partageraient la responsabilité pastorale avec les évêques nommés pour superviser la structure proposée.

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Selon la lettre, cela permettrait aux évêques familiers des livres liturgiques de 1962 de superviser les ordinations, les confirmations et autres rites propres à la liturgie traditionnelle, tout en déchargeant les ordinaires diocésains qui pourraient se sentir peu préparés ou réticents à gérer ces questions. Pour les fidèles, cela offrirait clarté et continuité dans un contexte souvent marqué par l’incertitude et le conflit.

« Depuis plus de 60 ans, ce groupe continue d’exister et de croître, mais il manque du soutien d’un cadre juridique adapté à ses besoins légitimes », écrit de Blignières. « La création de juridictions ecclésiastiques dédiées permettrait d’avancer vers la stabilité, la paix et l’unité. »

Cette proposition intervient dans un contexte de tensions renouvelées après le motu proprio Traditionis Custodes de 2021, par lequel le pape François a considérablement restreint la célébration de la messe traditionnelle latine, revenant sur le régime plus permissif établi par le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI en 2007.

La mise en œuvre de Traditionis Custodes a beaucoup varié selon les diocèses. Dans certains cas, les évêques ont recherché des arrangements pragmatiques pour préserver la coexistence. Ailleurs, les communautés traditionnelles et les célébrations liturgiques ont été fortement réduites ou supprimées. Les critiques soulignent que cette application inégale a contribué à l’instabilité pastorale et creusé les divisions au sein de l’Église, en particulier en France et aux États-Unis.

De Blignières présente sa proposition non pas comme un défi à l’autorité pontificale, mais comme une manière constructive d’avancer. Selon lui, l’absence de solution juridique stable depuis la réforme liturgique postconciliaire a laissé les communautés attachées à l’ancien rite dans un état de vulnérabilité récurrent.

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Après les consécrations épiscopales illicites de Lefebvre en 1988, le Saint-Siège avait créé la Commission pontificale Ecclesia Dei pour faciliter la réconciliation des communautés attachées à la liturgie antérieure à la réforme postconciliaire.

Au fil des décennies, diverses propositions ont déjà été avancées pour offrir un cadre canonique plus stable à ces communautés. Une telle solution a été adoptée en 2002 avec l’établissement de l’Administration apostolique personnelle Saint-Jean-Marie Vianney à Campos, au Brésil, à laquelle il a été accordé de célébrer les sacrements selon le rite romain de 1962. D’autres initiatives, y compris des pétitions d’associations laïques comme Una Voce aux États-Unis, n’ont pas abouti à des structures comparables ailleurs.

Le père Matthieu Raffray, supérieur du District européen de l’Institut du Bon Pasteur et figure populaire auprès des jeunes, a commenté la proposition dans une interview accordée à Montagna, la qualifiant de contribution constructive plutôt que de revendication. Selon lui, cette initiative vise à dépasser ce qu’il appelle une opposition « stérile » en offrant une solution institutionnelle capable de préserver la communion ecclésiale tout en reconnaissant la réalité pastorale distincte des communautés attachées au vetus ordo.

D’autres acteurs ecclésiaux ont toutefois exprimé des réserves.

Le père Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles près de Paris, également très présent sur les réseaux sociaux, a estimé qu’une juridiction dédiée était « une solution », mais « pas la meilleure », avertissant qu’elle pourrait « isoler les traditionalistes au sein d’une structure, alors que le contact et l’interaction sont une source d’enrichissement pour tous ».

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La lettre a été envoyée à plusieurs cardinaux connus pour leur intérêt pour les questions liturgiques — 15 par courrier postal et environ 100 par courriel — mais pas directement au pape Léon XIV. Son auteur l’a présentée explicitement comme une contribution à la réflexion avant le consistoire plutôt que comme une demande formelle.

Solène Tadié