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L'Église catholique au Soudan du Sud rend hommage à l'évêque qui a consacré sa vie à la paix dans le pays

L'une des plus grandes promesses de Mgr Caesar Mazzolari, alors qu'il servait le peuple de Dieu au Soudan du Sud, était de ne jamais quitter le pays plongé dans le chaos avant que la paix et une certaine forme de stabilité n'y règnent.

C'est ce qui s'est produit un samedi matin, il y a exactement 10 ans, lorsque l'évêque est décédé au cours d'une messe, une semaine seulement après l'indépendance du Soudan du Sud, qui a mis fin à la plus longue guerre civile d'Afrique.

Le vendredi 16 juillet, l'Église catholique du Soudan du Sud s'est souvenue avec émotion de Mgr Caesar, qui était à la tête du diocèse de Rumbek depuis 1990, d'abord en tant qu'administrateur apostolique, puis de janvier 1999 jusqu'à sa mort le 16 juillet 2011, en tant qu'évêque.

Dans des messages partagés avec ACI Afrique à l'occasion du 10e anniversaire de son décès, le membre des Missionnaires Comboniens a été décrit comme "un véritable homme de Dieu... un homme du peuple" et un véritable artisan de la paix qui a tout donné pour libérer le Sud-Soudan d'années de guerre civile, de pauvreté et d'analphabétisme.

Le directeur de la St. Daniel Comboni Secondary School Mapuordit du diocèse de Rumbek, Peter Manyiel, se souvient particulièrement de la vision de l'évêque défunt pour le pays d'Afrique centrale orientale.

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"Je me souviens que le défunt évêque avait déclaré qu'il ne pourrait pas quitter le Soudan du Sud tant qu'il n'aurait pas vu la paix régner dans le pays ; et en effet, il est resté jusqu'à ce que le Soudan du Sud hisse son drapeau pour la première fois depuis la création du monde", déclare M. Manyiel à ACI Afrique vendredi 16 juillet.

Il ajoute, à propos de Mgr Mazzolari, originaire du diocèse italien de Brescia : "Il a même dirigé une prière pour le premier anniversaire du jour de l'indépendance du Sud-Soudan sur la place de la liberté de Rumbek et a déclaré qu'il était heureux de voir que ce pour quoi il avait lutté avait abouti. Une semaine plus tard, il est décédé... Que son âme repose dans la paix éternelle."

Mgr Mazzolari est décédé à l'âge de 74 ans alors qu'il concélébrait la Sainte Messe le matin du 16 juillet 2011.

Les personnes présentes à la célébration eucharistique ont déclaré que l'évêque avait fait une crise. Il aurait trébuché sur sa chaise au moment de la consécration et se serait agrippé à la poitrine en cherchant à respirer. Après avoir été transporté d'urgence à l'hôpital d'État de Rumbek, le médecin de l'hôpital a constaté le décès à 8 heures du matin.

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Beaucoup le connaissaient pour sa position franche contre la guerre et pour avoir défendu les droits des pauvres et des marginaux du Soudan. L'évêque a également plaidé en faveur d'une amélioration de l'éducation et des soins de santé et a joué un rôle central dans la promotion du dialogue et de la réconciliation dans les dix États du Soudan du Sud.

Dans son hommage à Mgr Mazzolari, le directeur de l'école secondaire St. Comboni, fondée par le défunt évêque, note que Mgr Mazzolari a servi le peuple de Dieu au Soudan du Sud jusqu'à son dernier souffle.

Manyiel explique à ACI Afrique que le défunt évêque a servi le diocèse de Rumbek "non seulement comme un véritable homme de Dieu, mais aussi comme un véritable homme du peuple et un véritable artisan de la paix". ”

"Nous avons pu constater toutes ces qualités à travers son engagement en faveur de la paix au Soudan du Sud signée à Naivasha-Kenya en 2005", déclare le directeur de l'école sud-soudanaise, et il ajoute : "Mgr César Mazzolari a fidèlement suivi l'exemple de Jésus en donnant sa vie pour le bien de son peuple bien-aimé de Dieu et du Soudan du Sud."

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Il se souvient de la citation préférée de Mgr Mazzolari, tirée de l'Évangile de Matthieu 5:11, "Heureux les artisans de la paix car ils seront appelés enfants de Dieu", à laquelle l'évêque faisait toujours référence dans son service.

"Il a utilisé ce verset pour prêcher la paix au Soudan du Sud. En outre, l'évêque a vivement encouragé tous les Sud-Soudanais à se rendre aux urnes et à voter pour le référendum en 2011. Il a dit à tous les Sud-Soudanais : 'ne soyez pas comme des spectateurs lorsque le moment sera venu pour tous de voter pour le référendum'. Aujourd'hui, si nous pouvons compter nos martyrs, comptons feu l'évêque Caesar comme l'un des martyrs du Soudan du Sud, sinon il serait injuste et ingrat de le laisser hors de la liste", déclare M. Manyiel.

Il se souvient d'un évêque qui ne ménageait pas ses efforts lorsqu'il voyait des personnes confrontées à des difficultés, en particulier celles liées à la guerre et aux maladies. Il a déclaré que Mgr Mazzolari "pouvait immédiatement demander l'aide des agences des Nations unies pour aider les personnes déplacées". ”

Manyiel appelle à prier pour le défunt évêque 10 ans après son décès en disant : "Chers frères et sœurs... prenez une minute de votre temps précieux pour vous souvenir et prier pour notre défunt Mgr Caesar Mazzolari afin qu'il puisse continuer à prier pour la paix au Soudan du Sud, notre pays bien-aimé."

"N'oublions pas de prier pour lui aujourd'hui et aussi le 30 juillet 2021 qui est la journée des martyrs. Souvenez-vous de lui comme l'un des martyrs de ce pays", dit-il, et il ajoute : "Feu Mgr Caesar est mort en tant que pacificateur et la seule façon de le remercier et de l'honorer est de faire avancer la paix pour laquelle il est mort afin que nous puissions avoir un pays pacifique où tous les Sud-Soudanais vivent ensemble comme des frères et sœurs."

Présidant la Sainte Messe en mémoire de Mgr Mazzolari sur le terrain de la St. Comboni Secondary School Mapuordit le 16 juillet au matin, le P. Joseph Pellerino a dit qu'il avait un souvenir très vif de la "dévotion à la prière devant le Saint Sacrement" du défunt évêque.

"C'est aussi le souvenir que j'ai de lui", raconte à ACI Afrique Sœur Rita Grunke qui a participé à la Sainte Messe dans l'enceinte de l'école Mapuordit.

Sœur Rita ajoute en se référant à la maison du diocèse de Rumbek à Nairobi : " Chaque fois que j'ai passé du temps à Bethany House, les longues heures de l'évêque défunt dans la chapelle, dans le fauteuil avant, étaient vraiment remarquables. La prière de jour se poursuivait parfois jusque dans la nuit".

"Il était certainement un homme de prière, d'une profonde sagesse qu'il glanait dans ses heures de prière. Il était un photographe de talent et utilisait ses photos", dit de Mgr Mazzolari le membre des Sœurs de Notre-Dame du Sacré-Cœur (OLSH).

La sœur d'origine australienne se souvient du "sens de l'humour aux repas" de feu l'évêque, affirmant que cela "créait des moments agréables".

La santé de Mgr Mazzolari, bien qu'elle ne soit pas robuste, n'a jamais entravé ses ministères", se souvient encore Sœur Rita, qui décrit le défunt évêque comme "un leader très tolérant, créatif et charismatique".

Au cours de la célébration eucharistique du 16 juillet, le père Pellerino, prédécesseur de l'évêque défunt en tant qu'administrateur apostolique du diocèse de Rumbek, a rappelé à la congrégation que Mgr Mazzolari ne s'est jamais épargné.

Le missionnaire combonien d'origine italienne se souvient que Mgr Mazzolari était assis à l'extérieur des paroisses pendant des périodes prolongées pour entendre les confessions. 

Il semble que les "efforts missionnaires de Mgr Mazzolari étaient très inspirés par Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus", dit Sr Rita, en réfléchissant à ce que le Père Pellerino se rappelait de son confrère, Mgr Mazzolari.

Dans son hommage au regretté membre des Missionnaires Comboniens, Sr. Orla Treacy, directrice de la Loreto Secondary School du diocèse de Rumbek, au Sud-Soudan, décrit un homme de Dieu qui "était généreux à l'excès".

"Mgr César a aidé à nourrir des milliers de personnes pendant la famine et a éduqué un groupe de jeunes qui occupent aujourd'hui des postes clés dans le gouvernement et ailleurs", explique Sr Orla à ACI Afrique.

Se souvenant de l'une de ses interactions avec le défunt évêque, la membre des Sœurs de Lorette d'origine irlandaise déclare : " Je me souviens de l'évêque Caesar comme d'un homme de vision. Il est venu en Irlande en 2004 et 2005 pour inviter les sœurs irlandaises de Lorette à créer un internat secondaire pour filles. ”

Sr Orla, qui faisait partie des pionnières des Sœurs de Loreto dans le diocèse de Rumbek en 2006, dit que Mgr Mazzolari a toujours fait preuve de son charisme et de son optimisme pour le développement du Sud-Soudan lorsqu'il a approché les Sœurs avec l'idée de construire l'école qui est devenue un projet florissant.

La religieuse catholique se souvient que lorsque les sœurs de Loreto sont arrivées au Soudan du Sud en février 2006 et ont déclaré qu'elles voulaient ouvrir une école secondaire, on s'est moqué d'elles.

"Lorsque nous avons fait part aux habitants de Rumbek de notre projet de création d'un internat pour les filles, beaucoup ont ri. Comment ouvrir une école secondaire pour filles alors que peu de filles sont à l'école primaire, se demandaient-ils. Et c'était la réalité", dit-elle.

Elle poursuit en rappelant que "Mgr (Mazzolari) n'a jamais perdu espoir et a insisté pour que les filles viennent et que la communauté change. Je regrette seulement qu'il n'ait pas vécu pour voir sa vision se réaliser."

"Aujourd'hui, nous avons plus de 300 filles à l'école secondaire. Ces dernières années, nous offrons cent places et quatre cents viennent. Rumbek est vivante et les jeunes aspirent à l'éducation", raconte Sr Orla, qui supervise également un dispensaire de la mission dans le diocèse sud soudanais.

Elle se souvient que Mgr Mazzolari était un homme qui ne disait jamais non lorsqu'il voyait quelqu'un ayant besoin de son aide.

"L'évêque nous a mis en garde contre les grands besoins. Il avait l'habitude de dire, les besoins sont grands mais vous devez rester concentrés sur votre mission. Mais l'évêque était un homme de cœur et de service ; il ne pouvait jamais dire non. En tant que missionnaires, comment et quand est-il acceptable de dire non ?" se souvient-elle et pose la question.

La religieuse irlandaise de 48 ans explique à ACI Afrique que l'Église du Sud-Soudan, poussée par l'esprit généreux de Mgr Mazzolari, continue à tendre la main à ceux qui ont été affectés par une augmentation des vols intercommunautaires et claniques et par l'instabilité politique. 

"Rendre service et offrir sa vie était un message constant de Mgr César, il avait l'habitude de dire que le Soudan du Sud a besoin de martyrs", se souvient-elle, et elle ajoute : "Nous avons des martyrs ; tant de personnes silencieuses qui ont souffert, des mères, des parents, de jeunes enfants qui meurent de faim, du manque de médicaments et des conflits."

Elle indique que les missionnaires au Soudan du Sud ont également partagé les souffrances du pays, nombre d'entre eux ayant été pris pour cible, tués et parfois chassés du pays.

L'héritage de l'évêque Mazzolari, cependant, Sr. Orla, l'héritage de l'évêque Mazzolari reste une force forte derrière le travail des missionnaires au Soudan du Sud.

"Sa passion, son amour, sa compassion et sa vision nous ont aidés à continuer à servir, à construire et à éduquer la prochaine génération de jeunes", dit-elle à ACI Afrique en référence au défunt évêque.

La religieuse catholique révèle en outre que Mgr Mazzolari ne prenait jamais un jour de congé et qu'il faisait toujours quelque chose pour le peuple sud-soudanais, même lorsqu'il quittait le pays en avion.

Elle se souvient de ce que l'évêque avait l'habitude de dire : "J'ai juste besoin de quelques heures de repos", et ajoute : "Même lorsqu'il se rendait en Italie, il revenait avec son dossier de photos, des personnes qu'il avait rencontrées et des réunions qu'il avait eues. Les habitants de Rumbek étaient toujours dans son esprit et dans son cœur".

Elle dit que Mgr Mazzolari était un grand homme de prière, rappelant qu'il a prié jusqu'à sa dernière minute lorsqu'il est mort pendant la Sainte Messe.

" Mgr César était toujours dans la cathédrale tôt chaque matin pour sa propre prière du matin. C'est sur la même chaise qu'il priait chaque matin qu'il est mort", raconte Sr Orla, ajoutant : "Bien que sa mort ait été un grand choc pour nous, c'est une consolation qu'il soit mort en servant parmi nous tous à Rumbek et qu'il soit enterré avec nous ; nous sentons qu'il est toujours avec nous."

Le père Henry Gidudu, membre du clergé du diocèse de Rumbek, a rendu hommage à "un vrai berger qui aimait son troupeau".

" Je me souviens l'avoir vu embrasser l'un des lépreux aveugles ", raconte le père Gidudu à ACI Afrique, et se pose la question suivante : " Combien peuvent faire cela ? ". Dès l'époque de Jésus, les lépreux sont isolés. "

Le prêtre d'origine ougandaise se souvient de l'évêque qui a promu une éducation de qualité et l'émancipation des femmes en disant : "La meilleure façon de se souvenir de lui est d'imiter sa vie sainte et admirable."

Né en 1937 dans la ville italienne de Brescia, Mgr Mazzolari a ensuite rejoint les Missionnaires Comboniens et a été ordonné prêtre en 1962.

Il est arrivé au Soudan en 1981 et a exercé son ministère dans le diocèse de Tombura-Yambio, puis dans l'archidiocèse de Juba. En 1990, il a été nommé administrateur apostolique du diocèse de Rumbek et, la même année, il a aidé à libérer 150 enfants esclaves.

Connaissant bien les dangers de son ministère, Mgr Mazzolari a été capturé et retenu en otage pendant 24 heures par des guérilleros de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) en 1994. 

Le pape Jean-Paul II l'a ordonné évêque en 1999.

Mgr Christian Carlassare, qui a été nommé évêque du diocèse de Rumbek le 8 mars et qui se remet de blessures par balle subies dans la nuit du 25 au 26 avril, devrait succéder à Mgr Mazzolari comme évêque du diocèse de Rumbek. 

Le diocèse sud-soudanais est placé sous la direction de l'évêque Matthew Remijio du diocèse de Wau.