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Une entité de défense des droits de l'homme en Guinée-Bissau dénonce les menaces contre un prêtre catholique

La direction de la Ligue guinéenne des droits de l'homme (LGDH) a, dans un communiqué, dénoncé les menaces dont aurait fait l'objet un prêtre catholique pour avoir critiqué le président du pays, Umaro Sissoco Embaló.

Depuis le 1er janvier, des personnes non identifiées auraient proféré des menaces à l'encontre du père Augusto Mutna Tambá, un prêtre du diocèse de Bafata en Guinée-Bissau.

Les menaces visant à blesser physiquement le P. Tambá font suite aux reproches que le prêtre a adressés au Président Embaló pour avoir tenu des propos "irrespectueux et très irresponsables" à l'encontre de Mgr José Lampra Cà du diocèse de Bissau.

Dans leur communiqué du vendredi 7 janvier, les responsables de la LGDH affirment que "le Révérend Père Augusto Mutna Tamba a été la cible de plusieurs menaces suite à sa réaction aux propos irrespectueux et très irresponsables tenus par son Excellence le Président de la République Umaro Sissoco Embaló à l'égard de l'Évêque de Bissau Mgr Lampra Cá".

"La Guinée-Bissau est un pays avec une diversité où il y a la tolérance et le dialogue interreligieux, qui sert d'exemple pour de nombreux pays en Afrique", affirment encore les responsables de la LGDH.

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Ils poursuivent : "Le comportement des auteurs de ces menaces contraste avec la manière dont la foi est professée par les différentes congrégations religieuses qui composent le tissu social complexe de ce pays."

Le 29 décembre, après une audience avec le Premier ministre, Nuno Nabian, aux côtés d'autres chefs religieux, au cours de laquelle la situation politique du pays d'Afrique de l'Ouest a été abordée, Mgr Lampra Cà a exhorté les dirigeants politiques à convenir et à renforcer le fait que la Guinée-Bissau appartient à tous les Guinéens.

"La Guinée-Bissau ne peut pas être heureuse si ses fils et ses filles ou ses citoyens ne collaborent pas pour développer un comportement moral irréprochable et aussi pour assumer la responsabilité de respecter scrupuleusement les lois du pays", a déclaré l'Ordinaire local du diocèse de Bissau.

Réagissant aux propos de l'évêque catholique, le président Embaló aurait accusé le chef de l'Église catholique de faire de la politique.

"Je ne sais pas si un évêque fait de la politique. Ce que je sais, c'est que la place d'un évêque est dans une église et celle de l'imam dans une mosquée. S'ils veulent faire de la politique, ils peuvent venir nous rejoindre dans le domaine politique", aurait déclaré le président.

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Le président Embaló a ajouté : "Pour moi, les religieux n'ont pas leur place dans le palais de la République... Si Mgr José Lampra Cà veut faire de la politique, il peut le faire car il y a beaucoup de groupes politiques qui seraient prêts à lui trouver une carte de militant."

Le père Tambá qui coordonne l'Association des prêtres diocésains de Guinée-Bissau s'est dit consterné par les propos du président Embaló. Il a pris la défense de l'évêque de Bissau, rappelant la procédure de nomination d'un évêque dans l'Église catholique et la mission des évêques catholiques.

"Si les imams, les prêtres et les pasteurs doivent rester dans leurs mosquées, leurs églises et leurs temples, que fait un imam au Conseil d'État ?", a posé le prêtre.

À la suite de ces menaces, le père Tambá aurait renoncé à son voyage prévu le 6 janvier à Bissau.

Dans leur déclaration du 6 janvier, les responsables de la LGDH notent que dans une démocratie, "rien n'empêche les leaders religieux, en tant que réserve morale et source d'inspiration spirituelle, d'attirer l'attention de la classe politique."

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Les dirigeants de la LGDH ont demandé au ministère public de Guinée-Bissau d'ouvrir d'urgence "une enquête pour savoir qui sont les auteurs des menaces contre le père Mutna Tambá, à qui elle exprime sa solidarité, ainsi qu'à l'évêque de Bissau et à l'Église catholique de Guinée-Bissau."