Les évêques du Cameroun constatent une faible participation électorale et se félicitent du processus électoral pacifique

Alors que les Camerounais attendent la proclamation officielle des résultats des élections municipales et législatives qui ont eu lieu dimanche 9 février, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) ont, dans une déclaration préliminaire, observé que les élections du pays se sont déroulées dans une atmosphère calme malgré un faible taux de participation. 

"Les évêques notent que, dans l'ensemble, les élections se sont déroulées dans une atmosphère calme, malgré une participation timide des électeurs", a déclaré le président de la CENC, Mgr Abraham Kome, aux journalistes lundi 10 février lors d'un point de presse à Bafang, une ville située dans la division du Haut-Nkam de la région ouest.

Lisant la déclaration au nom des évêques du Cameroun, Mgr Kome a expliqué : "La faible participation signifie sans aucun doute que la loi fondamentale du Code électoral qui régit les élections au Cameroun doit être révisée afin de susciter l'enthousiasme du peuple dans l'accomplissement de son devoir civique".

L'Ordinaire local de Bafang a cité des cas d'apathie des électeurs en disant : "dans la gendarmerie de Bisono à Sangmelima, il y avait 85 électeurs sur 310 inscrits. A Ngui, une localité de Dschang, 50 électeurs sur 200 inscrits ont participé au scrutin ; à Batouri, le taux d'abstention a été de 80,57% ; à Bertoua, de 70%. Ce taux d'abstention était donc presque général. ”

Les élections pour le corps législatif et les conseils locaux du pays ont eu lieu pour la première fois en sept ans, après deux reports, a rapporté Al Jazeera News.

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir, devrait conserver sa majorité au Parlement. Dans la législature sortante, le parti avait 148 sièges sur 180.

Le RDPC soutient Paul Biya, 86 ans, l'un des plus anciens et des plus anciens dirigeants du monde, qui a dirigé le pays pendant 37 ans.

Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a refusé de présenter un seul candidat après que son chef, Maurice Kamto, qui a passé neuf mois en prison après sa défaite aux élections présidentielles de 2018 et se trouve maintenant à l'étranger, ait appelé au boycott des élections.

D'autres partis d'opposition, dont le Front social-démocrate (SDF), qui dispose actuellement de 18 sièges, ont participé au vote de dimanche, revenant sur une menace de le snober.

Les résultats officiels des deux élections sont attendus dans les 20 jours.

En prévision des élections présidentielles, municipales et législatives qui se tiendront en 2018, le NECC a publié une lettre pastorale le 24 août 2018 dans laquelle il appelle à la tenue d'élections pacifiques, libres et transparentes qui respectent le droit de participation et l'expression de la volonté du peuple.

Dans la lettre, les évêques ont souligné la mission d'accompagnement du processus électoral confiée à la Commission épiscopale Justice et Paix, qui est particulièrement impliquée dans l'observation chrétienne des élections.

Les évêques, par l'intermédiaire de la Commission Justice et Paix (CJPC), ont déployé 262 observateurs accrédités par le ministre de l'Administration territoriale, contre les 313 qui avaient été demandés.

A travers le CJPC, l'Eglise cherche à contribuer à l'amélioration de la crédibilité du processus électoral au Cameroun.

"Ces observateurs ont été répartis dans 46 des 58 divisions du Cameroun", a déclaré Mgr Kome et a poursuivi, "Parmi eux, 17 observateurs des régions troublées du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n'ont pas pu observer les élections pour des raisons de sécurité".

L'évêque, qui est également l'administrateur apostolique de Bafia, a souligné l'efficacité du processus électoral, notant que l'ouverture et la fermeture des bureaux de vote étaient conformes aux dispositions du décret de convocation des électeurs et que le matériel électoral était disponible et en quantité suffisante dans les bureaux de vote.

Les évêques du Cameroun ont toutefois regretté le fait que "des affiches et autres matériels de campagne de certains partis étaient encore présents dans certaines localités le jour du scrutin", ajoutant que des actes de violence avaient également été observés.

"Des cas de violence ont été constatés dans certaines localités", ont-ils déclaré et ajouté, "Dans la plupart des bureaux de vote, des représentants du parti RDPC au pouvoir étaient présents, ce qui n'a pas toujours été le cas pour les autres partis politiques concurrents".

Avec ces observations, les évêques du Cameroun ont également esquissé quelques recommandations pour une meilleure organisation des élections à l'avenir.

Aux responsables de l'organisation des élections, d'Elections Cameroun (ELECAM) et du Ministère de l'Administration Territoriale, les évêques demandent de "prendre en compte les insuffisances et les cas de fraude constatés pour le bon déroulement d'élections sans irrégularités à l'avenir".

"Nous comptons sur le haut sens des responsabilités du Conseil constitutionnel et des autres organes qui s'occupent du contentieux électoral et de la proclamation des résultats pour traduire et respecter le choix du peuple camerounais tel qu'il s'est exprimé librement dans les urnes", ont-ils ajouté.

Aux partis politiques et aux candidats, les évêques recommandent : "En cas de victoire, ne cherchez en aucune façon à provoquer ou à humilier vos adversaires. En cas d'échec, reconnaissez votre défaite et félicitez le ou les gagnants".

"Nous exhortons tous les acteurs à recourir aux voies légales en cas de contestation éventuelle", recommandent les prélats camerounais.

Au peuple camerounais, "Nous réitérons le fait que la défaite ne doit pas donner lieu à des actes de violence, de pillage et de vandalisme. Sachant que la paix dans notre pays est fragile, nous devons créer ou préserver nos acquis en faveur de la cohésion sociale".

Pendant ce temps, les évêques ont exprimé leur inquiétude quant à la crise anglophone dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays.

 "Nous regrettons que quatre mois après la tenue du grand dialogue national, qui a proposé des solutions pour mettre fin à la crise dans ces régions, nous ne soyons toujours pas satisfaits de la situation dans ces régions", ont-ils déclaré dans leur déclaration collective.

Les évêques ont ajouté : "L'insécurité persiste malgré tout et a empêché de nombreux citoyens vivant dans ces régions d'exercer leurs droits civils".


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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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