Un prélat togolais dénonce les résultats des élections et lance un "appel solennel et vibrant" à la protestation

L'archevêque émérite de Lomé, Philippe Fanoko Kossi Kpodzro.
Credit: Domaine Public

Suite à l'annonce des résultats préliminaires des élections présidentielles du 22 février dans le pays d'Afrique de l'Ouest qu'est le Togo, déclarant le vainqueur sortant avec une écrasante majorité, un archevêque togolais a appelé les citoyens togolais à rejeter les résultats, les qualifiant de "blague de mauvais goût".

"J'ai suivi avec une grande indignation la plaisanterie de mauvais goût que nous a servie la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en proclamant les prétendus résultats de l'élection présidentielle du samedi 22 février 2020", a déploré l'archevêque émérite de Lomé, Philippe Kpodzro, dans un message audio viral diffusé mardi 25 février.

La Commission électorale nationale du Togo (CENI) a annoncé lundi 24 février que le président Faure Gnassingbe avait remporté 72 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle, loin devant celui qui était en deuxième position, l'ancien Premier ministre Messan Agbeyome Kodjo qui a réussi à obtenir 18 % des voix.

Au début de ce mois, l'archevêque Kpodzro avait, dans un geste largement critiqué, soutenu l'ancien Premier ministre à l'occasion de la consécration du Togo au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, en remettant symboliquement à l'homme politique de 65 ans le drapeau du pays.

Dans l'audio, l'archevêque togolais souligne avec désapprobation les résultats annoncés par la commission électorale en disant : "Il a donné comme vainqueur le chef de l'Etat sortant, qui a été visiblement vomi par la population, à plus de 72 pour cent, et attribué au seul candidat de ma dynamique, visiblement soutenu par la majorité des électeurs, seulement 18 pour cent des voix exprimées".

En conséquence, le prélat de 89 ans a appelé à une manifestation pacifique le vendredi 28 février "pour revendiquer la victoire" de son candidat préféré Agbéyomé Kodjo.

"Je lance un appel solennel et vibrant à tous les Togolais pour qu'ils se mobilisent afin de contrecarrer cette manœuvre grotesque digne d'une époque révolue", déclare l'archevêque. 

La Cour suprême du pays devrait annoncer les résultats définitifs cette semaine, M. Kodjo appelant le peuple togolais "à se mobiliser pour montrer sa désapprobation de cette mascarade électorale".

Au plus fort de la campagne présidentielle en décembre 2019, l'archevêque émérite avait lancé une initiative pour solliciter des fonds (de 6,8 à 11,8 millions de dollars US) appelés "fonds de l'archevêque Kpodzro" pour aider un seul candidat à la présidence. 

Le prélat à la retraite a accusé le corps électoral de voler "la victoire du peuple togolais", appelant par conséquent la communauté internationale "à ne pas se faire complice des partisans de ce holdup électoral".

L'archevêque a plutôt appelé la communauté internationale à "établir la vérité à partir des urnes du peuple togolais qui a trop souffert des injustices d'un régime inique".

Dans l'audio de 8 minutes obtenu par ACI Africa, l'archevêque Kpodzro plaide auprès du SaintPère pour "reprendre le dossier togolais comme le Christ lui-même le ferait pour faire triompher la justice, la liberté et l'équité conformément aux recommandations des Saintes Ecritures".

Pour la délivrance du pays sans effusion de sang d'ici la fin février 2020, le prélat togolais exhorte "tout le peuple de Dieu à observer trois jours de jeûne, de prière et de louange au Seigneur".

Il condamne également le siège militaire de sa résidence pendant 48 heures, une mesure qui, selon lui, indique clairement que le régime a reconnu son échec lors des élections présidentielles qui viennent de se tenir.

Si la Cour suprême du pays confirme les résultats, le président Faure Gnassingbe, 53 ans, dirigera le pays d'Afrique de l'Ouest pour un quatrième mandat, prolongeant ainsi son règne de 15 ans ainsi que la dynastie de dirigeants de sa famille qui a débuté lorsque son père a pris le pouvoir par un coup d'État en 1967.

Les observateurs politiques ont prédit d'éventuelles protestations des partisans de l'opposition, provoquées par des allégations de fraude électorale.

D'autres ont également mis en doute la crédibilité des élections, étant donné qu'une majorité d'observateurs électoraux, parmi lesquels l'Église catholique du pays, se sont vu refuser l'accréditation.


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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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