A la découverte d’une école de formation laïque au Bénin où les jeunes passent une année d'isolement et d'intimité spirituelle

Entrée à de l'École Jeunesse Bonheur, une école catholique de prière et d'évangélisation située dans l'archidiocèse de Cotonou au Bénin.
Credit: École Jeunesse Bonheur

Que diriez-vous de faire une pause dans vos études ou dans un emploi du temps chargé pour vous lancer dans une année de formation spirituelle ? Au Bénin, cette vie de formation spirituelle intense n'est pas seulement réservée aux hommes et aux femmes qui choisissent la vie religieuse. Elle est également ouverte aux laïcs, a déclaré le fondateur de l'établissement à ACI Afrique. 

À l’École Jeunesse Bonheur, une école catholique de prière et d'évangélisation située dans l’archidiocèse de Cotonou au Bénin, des jeunes âgés de 18 à 30 ans passent neuf mois de formation spirituelle, théologique, morale et missionnaire, loin de leurs familles, de leurs études et de leurs collègues de travail et en ressortent spirituellement nourris pour poursuivre leurs vocations respectives dans la vie.

Ici, les jeunes, principalement  des  collèges  et des universités et  ceux qui ont l'intention de rejoindre des institutions d'enseignement supérieur, ainsi que les jeunes professionnels restent à l'écart dans un internat peut-être unique en son genre sur le continent et choisissent "de vivre une expérience de forte intimité avec le Christ, la source du vrai bonheur", a déclaré le père Cyrille  Miyigbena,  qui a fondé l'école de formation il y a environ six ans, à ACI Afrique le  13 septembre. 

L'école repose sur les quatre piliers que sont la contemplation, la formation, la vie communautaire et la mission. Les élèves s'engagent dans un voyage de prières intenses en groupe et dans la solitude et partent en pèlerinage. 

Les étudiants assistent également à des cours animés par différents intervenants, notamment des prêtres, des religieux et des laïcs compétents, et participent à des activités visant à améliorer la vie en communauté, telles que le jardinage, l'élevage, la fabrication de jus de fruits, de chapelets, de pâtisseries et autres activités agropastorales.

Les étudiants sont également envoyés en mission quatre fois par an pendant l'Avent, le Carême, Pâques et les longues vacances pour témoigner du bonheur de connaître le Christ. Ils partent en petits groupes de cinq à huit jeunes dans les paroisses, les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les prisons et les hôpitaux du Bénin et des pays voisins. 

Le début de l'École Jeunesse Bonheur qui, dans une traduction libre, signifie une école pour les jeunes vivant dans le bonheur, est une révélation que le Père Cyrille a eue après avoir lu un numéro d’une revue qu'un jeune a apporté dans un confessionnal.

"L’École Jeunesse Bonheur est le fruit de la rencontre entre mon aspiration à une vie semi contemplative comme celle des Dominicains et mon amour pour les jeunes au service desquels je suis depuis plusieurs années", a déclaré le père Cyrille à ACI Afrique dans l'interview du 13 septembre. 

Il explique : "J'ai découvert Jeunesse Lumière (une école sœur de l’École Jeunesse Bonheur) par hasard, que dis-je, providentiellement au début de l'année 2002. C'était grâce à un numéro de la revue Feu et Lumière tenu entre les mains d'un jeune que j'ai reçu en confession lors d'un weekend de recueillement à la Maison Saint Gabriel où se trouve maintenant l'école". 

La revue, a-t-il dit, était consacré aux dix ans de l'école Jeunesse Lumière (une autre école d'évangélisation pour les jeunes basés en France) qui a été fondée par le père Daniel Ange en 1984. 

Le Père Daniel, un moine dominicain français qui avait passé 13 ans au Rwanda, est revenu en France en 1971 et a créé l’école Jeunesse Lumière, la toute première école catholique internationale de prière et d'évangélisation, selon le Père Cyrille.

En lisant la revue, le père Cyrille se souvient qu'il a ressenti un fort désir de marcher sur les traces du père Daniel qui avait "imaginé un lieu où les jeunes pourraient, pendant un an, être formés et ancrés en Dieu pour aller l'annoncer et le partager avec leurs jeunes homologues".

"Je me suis immédiatement ouvert à mon archevêque de l'époque, Mgr Nestor Assogba, et lui ai fait part de mon désir de fonder une école du même type dans notre diocèse", a-t-il déclaré, ajoutant que le projet a immédiatement été approuvé par l'archevêque et le conseil de l'archidiocèse. 

Mais le Père Cyrille a dû d'abord s'inscrire pour une année de formation à l'École catholique de prière et d'évangélisation en Europe pour se faire une idée de ce que le programme impliquait, avant de le commencer chez lui au Bénin.

"Bien que l'école soit pour les jeunes, j'ai décidé, en accord avec son fondateur, le Père Daniel Ange, de vivre l'année avec les jeunes et de la même manière qu'eux, sans pastorale particulière", a-t-il raconté son expérience de 2002 à l'école en Europe.

Il a ajouté : "Ce plongeon, pas facile, je dois l'admettre, m'a permis de découvrir l'École de l'intérieur, de pénétrer sa spiritualité et surtout m'a confirmé dans l'appel que j'ai ressenti pour l'implanter au Bénin pour nos jeunes qui ont tant besoin d'une formation chrétienne approfondie".

Plus de 10 ans plus tard, "avec beaucoup de préparation”, l'École Jeunesse Bonheur a été créée et a été bénie en 2014 par le Père Daniel, le cerveau de l'idée de la formation laïque des jeunes en Europe.

En plus des facteurs qui ont motivé la création de l'école, selon le prêtre béninois, il y a la situation des jeunes dans le monde au moment de la création.

"La jeunesse contemporaine est confrontée à des problèmes et des défis nombreux et variés de nature économique, socioculturelle, éthique, psycho-affective, anthropologique et religieuse", a-til déclaré.

Il a poursuivi : "En raison du phénomène de massification et de la mondialisation de la société contemporaine, ces maux sont devenus une véritable pandémie ; ils se répandent parmi les jeunes du monde entier, et donc aussi parmi la jeunesse du Bénin.”

Pour répondre aux défis auxquels sont confrontés les jeunes, l'Église à diverses activités pastorales qui engagent ce groupe, mais qui sont pour la plupart ponctuelles et non pas à long terme, selon le père Cyrille.  En tant que telles, a-t-il dit, ces activités n'ont pas d'impact spirituel profond sur la personnalité des jeunes. 

Le prêtre de 47 ans a déclaré à ACI Afrique que l'objectif de l'école s'aligne sur la recommandation du Pape Jean-Paul II qui, le 9 août 2004, quelques mois avant sa mort, "a exhorté le Service diocésain pour la pastorale des jeunes à étudier de nouvelles propositions pour créer de véritables écoles spécifiques d'évangélisation pour les jeunes".

L’École Jeunesse Bonheur est la première école de ce type en Afrique et la quatrième au monde, après celles de France, de Pologne et d'Italie avec lesquelles elle forme une même famille spirituelle, la Communion Jeunesse Lumière, a déclaré le père Cyrille à ACI Afrique. 

Un jeune qui va à l’École Jeunesse Bonheur passe neuf mois à l'école du Christ avec un minimum de trois heures de prière par jour, a déclaré le père Cyrille qui est également pasteur à la paroisse Notre-Dame de la Visitation de l’archidiocèse de Cotonou au Bénin. 

Il a ajouté en référence à toute personne inscrite à l’école : "En tant que tel, il (ou elle) est censé(e) avoir vécu une transformation progressive de tout son être qui se manifeste dans sa profondeur spirituelle, son grand attachement au Christ, à Marie sa Mère et à l'Église son épouse".

Une telle jeune personne, a élaboré le prêtre, développe également des vertus humaines telles que la ponctualité, la fraternité, le travail, l'honnêteté, le sens de la gratuité, du sacrifice et de la responsabilité et une véritable maturité humaine et spirituelle.

En tant qu'école internationale, l'institution accueille non seulement des jeunes du Bénin mais aussi ceux d'autres pays africains et du monde entier, servant ainsi de "creuset pour la formation de jeunes leaders chrétiens".

L'école permet également une maturité affective à travers ce que le Père Cyrille appelle un "célibat d'amour" où garçons et filles vivent dans un climat de chasteté, comme des frères et sœurs, afin de garder leur cœur libre pour la prière et la mission.

L'année à l’École Jeunesse Bonheur est enfin un moment de discernement de la vocation où les jeunes peuvent découvrir leur cheminement vers la sainteté dans le mariage, la vie religieuse, le sacerdoce et le laïcat consacré. 

En six ans, l’École Jeunesse Bonheur a accueilli une centaine de jeunes de neuf pays différents, pour la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest.  L'institution a effectué 89 missions dans 60 localités, dont des villes et villages du Bénin et du Togo voisin, a déclaré le père Cyrille à ACI Afrique.

Il a noté que parmi les jeunes formés, un nombre important s'est engagé dans le bénévolat au sein de l'institution et donne maintenant une année de sa vie au service d'œuvres ou d'institutions ecclésiales dans différents diocèses du Bénin et d'ailleurs.

La formation a également eu un impact sur les vocations dans l'archidiocèse de Cotonou.  

"Parmi les jeunes formés durant ces cinq premières années, il y a en fait quinze séminaristes, sept qui sont entrés dans la vie religieuse, cinq mariages, et dix bébés sont déjà nés”, s 'est réjoui le père Cyrille.  

Les critères d'admission à l'école sont simples, a déclaré le prêtre. Il faut être chrétien, vouloir être chrétien ou vouloir vivre les valeurs chrétiennes catholiques et il est donc recommandé d'obtenir une lettre de recommandation de son curé. 

Les jeunes âgés de 18 à 30 ans sont également autorisés à poser leur candidature après avoir terminé leurs études secondaires, dans des établissements d'enseignement supérieur ou chez des professionnels en début de carrière.

"Vous devez être disponible pendant une année entière et accepter de prendre une année scolaire gratuite, de fin septembre à fin juin, pour vous mettre à l'école du Christ. Vous devez accepter de tout quitter, études, travail, maison, famille pendant neuf mois”, a précisé le père Cyrille, ajoutant que les candidats doivent également être prêts à trouver des parrains pour couvrir une partie des 500 000 F (900,00 $ US) de frais pour l'ensemble de la formation. 

"L'école offre aux jeunes un logement gratuit, une formation humaine, spirituelle, doctrinale et missionnaire, des soins primaires, l'eau et l'électricité, et un service de blanchisserie. Il leur demande seulement de payer leur propre nourriture, ce qui représente 30 000 F (54,00 $ US) par mois", a-t-il déclaré.

Le prêtre a également expliqué que "pour financer son année, chaque jeune admis à l'Ecole est invité à rechercher vingt "parrains" qui s'occuperont de lui, à raison de 1.500 F par mois".

Il a ajouté : "Il est possible qu'une partie de ce parrainage soit en nature, au moyen de denrées alimentaires (maïs, riz, haricots, poisson, viande, etc.). Mais comme les jeunes parviennent rarement à couvrir leurs dépenses, nous avons mis en place des activités agro-pastorales d'autosuffisance telles que le jardinage, l'élevage, la pâtisserie, la production de jus de fruits, la fabrication de chapelets, etc.

Dans les situations où les candidats ne sont pas en mesure de réunir les fonds nécessaires, "cela ne devrait pas être un obstacle”, a déclaré le père Cyrille à ACI Afrique. 

Il a précisé que "les situations sont étudiées au cas par cas" et que chaque année, une dizaine de jeunes de pays étrangers et de milieux défavorisés au Bénin bénéficient d'une bourse de formation complète à l'école.


ACI Africa a été officiellement inaugurée le 17 août 2019 en tant qu'agence de presse catholique continentale au service de l'Église en Afrique. Ayant son siège à Nairobi, la capitale du Kenya, cet apostolat médiatique s’efforcera de faciliter la narration de l’histoire de l’Afrique en assurant une couverture médiatique des événements catholiques sur le continent africain, en donnant une visibilité aux activités de l’Église en Afrique, où les statistiques montrent une croissance significative continent devenant peu à peu l’axe du catholicisme. Cela devrait contribuer à la prise de conscience et à l'appréciation du rôle important de l'Église en Afrique et, au fil du temps, à la réalisation d'une image réaliste de l'Afrique qui reçoit souvent un encadrement négatif des médias.

P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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