Un prêtre Tchadien explique le christianisme et le statut de l'Église dans un contexte dominé par les musulmans

Le père Léandre Mbaydeyo
Credit: AED

Un prêtre Tchadien a, dans une interview accordée à l'organisation Aide à l'Église en Détresse (AED) International, expliqué le statut du christianisme en général et de l'Église catholique en particulier dans ce pays d'Afrique centrale où les chrétiens sont souvent soumis à des pressions pour se convertir à l'Islam, la religion dominante.

"Notre Église n'a même pas encore 100 ans et, comme l'ensemble du pays, elle est jeune et dynamique, avec de nombreux baptêmes”, déclare le père Léandre Mbaydeyo dans l'interview de Thomas Oswald d’AED. 

Cependant, le père Léandre, membre du clergé de l'archidiocèse de N'Djamena au Tchad, ajoute dans l'interview partagée avec ACI Afrique mercredi 16 septembre, "Il y a une pénurie de vocations sacerdotales. Pour beaucoup de jeunes hommes, c'est trop d'années d'études pour un rendement insuffisant".

Cinquième plus grand pays d'Afrique, le Tchad a une population estimée à 15,48 millions d'habitants. 

Selon  le rapport du recensement de 2009, 58 % de la population est musulmane, 18 % catholique, 16 % protestante et les 8 % restants adhèrent à des croyances religieuses indigènes comme l'animisme. 

"Les chrétiens tchadiens sont généralement des descendants des animistes, et il y a de bonnes relations entre les deux groupes”, déclare le père Léandre, un étudiant parrainé par l'AED qui étudie en France, dans l'interview du 16 septembre.

Il appelle ceux qui considèrent l'animisme avec suspicion "à résister à la tentation d'essayer de rompre complètement avec le passé" en disant : "Beaucoup de valeurs des animistes sont compatibles avec le christianisme".

Faisant partie des dix pays qui se trouvent dans la  région du Sahel, un terrain fertile pour la prolifération des groupes extrémistes, le Tchad n'a pas été épargné par l'islamisation,  surtout sous le règne de feu Mouammar Kadhafi, le  voisin libyen. 

"Avant sa mort en 2011, ils (les islamistes radicaux) construisaient des mosquées dans tout le pays, y compris dans les villes chrétiennes du Sud", dit-il et ajoute, "Ils encourageaient les jeunes hommes musulmans à épouser des femmes chrétiennes afin de les convertir et d'avoir des enfants qui deviendraient à leur tour musulmans".

Selon le clerc basé à Paris, bien que ce phénomène se soit arrêté après la chute du régime Kadhafi en 2011, "dans les endroits où chrétiens et musulmans vivent côte à côte, il y a toujours une pression pour se convertir à l'Islam".

"D'un autre côté, il est très difficile pour un musulman de se convertir au christianisme, et ceux qui font ce pas sont le plus souvent rejetés par leur famille", dit-il dans l'interview de Thomas Oswald d 'AED. 

Les contrats commerciaux dans les pays enclavés sont souvent plus faciles à conclure lorsque l'on est musulman, note-t-il.

Le père Léandre poursuit en expliquant pourquoi le Tchad semble plus stable que la plupart de ses voisins de la région du Sahel, notamment le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Soudan et l'Erythrée.

"Nous sommes gouvernés par un président (Idriss Deby Itno) qui est un combattant. Il dirige le pays depuis 30 ans maintenant et possède une armée puissante", dit-il dans l'interview, que la direction de l’organisation catholique d'aide pastorale partage avec ACI Afrique.

Il ajoute : "L'armée tchadienne, avec le soutien de la France, a été très agressive et efficace contre les groupes terroristes tels que Boko Haram, et elle n'hésite pas à attaquer ses ennemis même au-delà de ses frontières".

En ce qui concerne la menace de "terrorisme djihadiste pur et simple" que représentent des groupes comme Boko Haram, le père Léandre déclare que le gouvernement tchadien "les combat efficacement sur son propre territoire, avec le soutien de l'armée française. 

"Par conséquent, il s'agit d'une menace beaucoup moins présente que dans les autres pays environnants", ajoute-t-il.

Il note également que la nation ethniquement diverse est aux prises avec "un conflit ancestral et immémorial entre les pasteurs musulmans du Nord et les paysans chrétiens et animistes du Sud".

Le peuple tchadien, dit le Prêtre, a généralement réussi à résoudre la majorité des conflits récurrents, mais il met en garde contre le fait que "lorsque la politique entre en jeu, tout devient beaucoup plus compliqué et ces différends dégénèrent en affrontements sanglants.”

"Je suis moi-même né loin du village natal de mes parents, puisqu'ils ont dû fuir à cause de la guerre. Je suis donc un enfant de la guerre, et il se peut bien que ce soit la guerre qui finisse par me tuer", dit-il.

Conscient de son passé, le père Léandre observe que "le peuple tchadien est très conscient du potentiel latent de la violence ; elle fait partie de notre éducation et de notre mode de vie".

Il explique : "Lorsque je suis arrivé à Paris pour mes études, j'ai été invité à faire une promenade sur les célèbres Champs Elysées, mais j'ai décliné l’invitation, parce qu'elle passe à côté du palais présidentiel. Au Tchad, il faut éviter le palais présidentiel parce que c'est un endroit très dangereux, où les sentinelles tirent sur tout ce qui bouge".

Il se souvient de l'incident d'une religieuse italienne qui a accidentellement contourné le mur d'enceinte du palais présidentiel à N'Djamena. Lorsqu'elle a réalisé son erreur et fait marche arrière, "les sentinelles ont quand même ouvert le feu, brisant son pare-brise".

"Heureusement, elle a eu la présence d'esprit d'esquiver, et elle a donc survécu à l'incident”, dit le père Léandre. 

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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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