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Les évêques du Burkina Faso définissent quatre conditions pour des élections pacifiques en novembre

Les membres de la Conférence épiscopale du Burkina Faso-Niger (CEBN). Domaine public. Les membres de la Conférence épiscopale du Burkina Faso-Niger (CEBN).
Domaine public.

Les évêques catholiques du Burkina Faso ont défini quatre conditions qui pourraient garantir le déroulement pacifique des élections présidentielles et législatives dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, prévues le 22 novembre prochain.

Dans leur déclaration du 1er novembre partagée avec ACI Afrique, les membres de la Conférence épiscopale du Burkina Faso et du Niger (CEBN) appellent les acteurs des élections à travailler collectivement pour assurer "une sécurité et une paix durables".

Les quatre conditions sont la protection des personnes et de leurs biens, le service désintéressé, l'acquisition de la maturité et la volonté de faire du Burkina Faso une véritable terre d'intégrité.

En ce qui concerne la nécessité de protéger les personnes et leurs biens, les membres du CEBN font remarquer que "la vie humaine est sacrée et aucun effort ne doit être épargné pour la protéger.”

 

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"La préservation de la vie et de l'intégrité physique, mentale et morale des personnes reste une priorité", disent-ils avant d’ajouter, "En cette période électorale, aucune initiative ne doit contribuer à aggraver la situation sécuritaire ou mettre en danger la vie de la population, des organisateurs de ces élections ou des électeurs. ”

En ce qui concerne le service désintéressé, les membres du CEBN s'adressent aux hommes politiques, à leurs partisans respectifs et à la population en général qui est préoccupée par l'imminence des élections.

"Le pouvoir et l'autorité sont donnés pour le service de tous. Personne ne peut ou ne doit prétendre servir la nation en violant les droits de ceux qu'il est censé servir", affirment les évêques dans leur déclaration de trois pages.

Ils ajoutent : "La conquête du pouvoir ne peut fouler aux pieds les droits des citoyens ni porter atteinte aux valeurs essentielles sur lesquelles repose notre société, à savoir le respect de la vie, la liberté de conscience et d'expression, le respect de la propriété, le respect du bien commun, le rejet de la corruption, en d'autres termes, la bonne gouvernance".

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Faisant référence aux principes mis en avant qui parlent de service désintéressé, les membres du CEBN notent que "c'est par la manière dont un dirigeant politique se comporte envers ces valeurs que l'on peut juger de sa capacité à exercer le pouvoir de l'Etat, qui n'est rien d'autre qu'un service".

Lors des élections présidentielles et parlementaires prévues au Burkina Faso, les électeurs devraient élire un président et 127 membres de l'Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans.

Les campagnes pour les élections présidentielles et parlementaires dans ce pays d'Afrique de l'Ouest ont commencé le 31 octobre et devraient durer 21 jours, a rapporté Xinhua News.

Le siège présidentiel a attiré 13 candidats, tandis que 10 652 candidats sont en lice pour les sièges parlementaires. 

Le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, qui est au pouvoir depuis 2015, brigue un second mandat.

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Dans leur déclaration du 1er novembre signée par le président du CEBN, Mgr Laurent Dabiré, les évêques affirment que le peuple de Dieu du Burkina Faso devrait tirer les leçons de l'expérience du passé du pays et gagner en maturité lors des prochaines élections.

"L'histoire politique de notre pays a été marquée par des crises plus ou moins profondes, la plus récente étant celle qui a suivi le soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014", rappellent les évêques dans la déclaration collective.

Ils poursuivent : "Le monde entier nous regardait alors, curieux ou inquiet de savoir sur quelle route les citoyens du Burkina Faso, que certains appelaient ou appellent encore un pays pauvre et enclavé, allaient s'engager pour leur avenir".

"L'esprit de dialogue et de concertation a alors prévalu et nous avons montré au monde qu'il est possible, malgré des moyens limités, de relever des défis qui, à première vue, peuvent sembler impossibles à surmonter", ajoutent les membres du CEBN.

Ils notent que "ce gain, qui est à l'honneur de notre pays, doit être capitalisé et nous guider résolument et définitivement dans la consolidation d'un Etat de droit, caractérisé par la stabilité de ses institutions et la maturité de ceux qui animent la vie sociopolitique de la Nation".

"C'est également dans cet esprit que nous lançons un appel aux dirigeants que les prochaines élections nous permettront de désigner afin qu'ils œuvrent à ramener la paix en travaillant pour la justice et la réconciliation", affirment les membres du CEBN.

Soulignant une autre condition pour des élections pacifiques, les évêques de la Conférence des deux nations veulent que les Burkinabés travaillent à la création d'un "pays d'hommes intègres et d'un pays uni".

"L'histoire de notre pays est celle d'un peuple qui a toujours su faire des différences culturelles, ethniques ou religieuses qui caractérisent ses citoyens, une source de richesse et un exemple de cohésion aux yeux du monde", affirment les évêques dans leur déclaration du 1er novembre.

Ils ajoutent : "Les différences d'opinion politique sont également censées être une source de richesse et non une source de division, un moyen de manipuler l'opinion ou un moyen de subversion".

Les évêques mettent en garde les politiciens et les membres du public de la nation ouest-africaine contre le fait de considérer "les moments difficiles que nous traversons comme des occasions d'en tirer le meilleur parti pour soi-même ou pour son parti".

"Chaque citoyen devrait plutôt s'investir et être fier de travailler pour le bien de tous, pour l'honneur du pays", affirment les membres du CEBN.

Faisant référence au Pape Jean XXIII, les évêques invitent les citoyens à participer massivement aux élections en disant : "Le vote est l'un des piliers de toutes les institutions démocratiques, ainsi que l'une des meilleures garanties de la durabilité de la démocratie. Nous sommes alors appelés et exhortés à y participer pour continuer à construire notre Nation".

Ils dénoncent cependant l'insécurité persistante dans la nation ouest-africaine qui pourrait entraver le processus électoral en disant : "Nous sommes entourés de toutes parts par l'hydre du terrorisme ; nous ne cessons de compter nos morts et de voir des centaines et des milliers de nos compatriotes, notamment des régions du Sahel, persécutés, dépossédés de leurs biens et contraints de se réfugier dans leur propre pays ; les chiffres relatifs à cette crise sont très significatifs malgré leurs différences".

"C'est dans ce contexte d'insécurité aggravé par la pandémie COVID-19, qui a mobilisé et continue de mobiliser les personnels de santé auxquels nous rendons hommage pour leur vaillance, leur patriotisme et leur humanisme, que la voix des évêques du Burkina Faso se veut celle de la confiance et de l'espoir à la veille des élections", disent-ils.

Ils expliquent ensuite que "la situation dans laquelle se trouve notre pays nous fait prendre conscience que les droits que nous considérons souvent comme les plus évidents ne sont pas définitivement garantis. ”

Faisant référence aux droits de l'homme, les évêques poursuivent : "Nous devons travailler chaque jour pour les préserver et les consolider, en empêchant les forces obscures qui s'efforcent de nous priver de leur jouissance et de faire basculer notre pays dans d'autres situations inextricables".

"Nous, les évêques du Burkina Faso, invitons donc tous les acteurs de la vie politique à appliquer rigoureusement les textes en vigueur et à engager un dialogue qui tienne compte du contexte particulier dans lequel vit notre pays", disent-ils dans leur déclaration collective.

Ils ajoutent : "Engageons-nous à garantir à notre pays une sécurité et une paix durables. Soyons des citoyens qui aiment la solidarité, la justice et la cohésion sociale et donnons à notre peuple, par un processus démocratique caractérisé par la transparence et l'intégrité, des représentants dignes qui présideront à leur destin, pour le conduire vers un avenir toujours plus radieux".

A tous les croyants des différentes confessions religieuses, les évêques appellent à "une prière incessante pour que Dieu accompagne ces élections".

"Nous invoquons sur chacun de vous et sur le Burkina Faso l'abondance des bénédictions divines", implorent les membres du CEBN dans leur déclaration du 1er novembre partagée avec l'ACI Afrique.