Nous risquons d'être qualifiés de "République de corruption", met en garde un prélat sud-africain

Mgr Sithembele Sipuka, évêque du diocèse d'Umtata en Afrique du Sud et président de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC).
Credit: Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC)

Un prélat catholique d'Afrique du Sud a déploré la multiplication des rapports de corruption dans le pays, une situation qui, selon lui, fait courir à l'une des plus grandes économies africaines le risque d'être qualifiée d'État en faillite et de "République de corruption".

Dans une déclaration partagée avec ACI Afrique le jeudi 27 août, Mgr Sithembele Sipuka du diocèse de Umtata en Afrique du Sud, faisant référence à l'augmentation des cas de grèves liées à la corruption, note que le nom du pays est de plus en plus synonyme de corruption.

"On craint de plus en plus que la corruption ne commence à façonner l'âme de notre nation au point qu'elle devienne synonyme de l'Afrique du Sud, de sorte que si vous voulez dire "corruption", vous comprendrez le même sens que lorsque vous dites "Afrique du Sud"", déclare Mgr Sipuka.

La tension monte en Afrique du Sud avec des rapports indiquant des grèves planifiées pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux travailleurs publics et les détournements de fonds publics.

Selon Mgr Sipuka, qui est également président de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC), l'Afrique du Sud semble se diriger vers une réputation de pays corrompu, "comme la Colombie est connue pour la drogue, le Mali pour les enfants soldats, le Nigeria pour les groupes terroristes, l'Arabie Saoudite pour le manque de droits des femmes, et dernièrement le Zimbabwe pour les violations des droits de l'homme, et d'autres pays connus pour leurs mauvaises actions".

"L'Afrique du Sud est en train de devenir rapidement connue comme un pays où la corruption est un mode de vie, très similaire à ce qui a fait la réputation du Kenya", déclare le prélat sud-africain.

Au vu de cette culture et de cette identité émergente, il exhorte le peuple de Dieu du pays à refuser de laisser la culture de la corruption caractériser la nation, surtout au cours du nouveau mois.

"Alors que nous entrons dans le mois de septembre, que Dieu nous aide à n’est pas transmettre à la prochaine génération un héritage de corruption. Nous devons refuser d'être définis comme un pays de la corruption", déclare Mgr Sipuka.

Il ajoute : "En plus de l'appel à ne pas laisser l'Afrique du Sud être connue comme une République d'abus sexuels et de dénigrement des femmes, nous devons également être résolus dans notre refus de laisser l'Afrique du Sud être connue comme une République de corruption".

Il ajoute que son appel n'est pas d'encourager la grogne du peuple mais d'inspirer tout le monde à agir et à résister à ceux qui veulent que le pays soit défini par la corruption.

"Nous devons agir contre la corruption, car elle est contraire aux valeurs que nous défendons en tant qu'Africains, en tant que chrétiens et en tant que pays démocratique", déclare Mgr Sipuka, qui est également le premier vice-président du Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM). 

Il ajoute : "En tant qu'Africains, nous chérissons la valeur de l'Ubuntu et l'attention et la corruption est une insulte à ces valeurs car en tant que chrétiens, nous croyons qu'il faut servir plutôt qu'être servi et les dirigeants corrompus pratiquent l'opposé de cette valeur".

"En tant que démocrates, nous tenons les fonctionnaires que nous élisons responsables devant nous, mais les dirigeants corrompus se considèrent comme n'ayant de comptes à rendre à personne", déplore-t-il.

Mgr Sipuka déplore également qu'alors que d'autres délinquants sont arrêtés dans ce pays d'Afrique australe, les criminels de corruption qui se font passer pour des dirigeants s'en tirent à bon compte.

"Ils évitent de porter une salopette orange en prison et continuent de piller en toute impunité tout en continuant à mener une vie d'opulence aux dépens des pauvres et au détriment de l'image et du développement du pays", déclare l'évêque sud-africain de 60 ans.

Appelant la population à lutter contre la corruption "avant qu'elle ne s'enracine" dans le pays, l'Ordinaire de Umtata plaide pour une compréhension profonde de la signification du vice, qui, selon lui, est généralement décrit comme "l'abus d'un pouvoir confié pour un gain privé".

L'entente, dit-il, invite chacun à évaluer comment il utilise le pouvoir, les ressources et la confiance qui lui sont attribués pour atteindre l'objectif visé.

"L'utilisation d'installations destinées à notre travail à des fins privées est de la corruption", dit-il.

Il poursuit : "Venir au bureau, accrocher sa veste sur la chaise et quitter le bureau pour faire ses affaires privées en ville est de la corruption... Utiliser le téléphone fourni dans le cadre de notre travail pour téléphoner à des membres de la famille et à des amis est de la corruption. Utiliser le véhicule fourni dans le cadre de notre travail pour des voyages privés et pour gagner de l'argent est de la corruption. ”

L'évêque exhorte en outre le peuple de Dieu dans le pays à s'assurer qu'il travaille toujours pour tout ce qu'il possède, ajoutant que l'échec à le faire se traduit par la corruption.

"Sur le plan personnel, elle devrait hanter celui qui, à la fin de la journée, apprécie un repas somptueux et un lit confortable dans une chambre douillette, mais ne peut pas dire en toute bonne conscience qu'aujourd'hui suffisamment de travail a été accompli pour gagner sa vie", déclare Mgr Sipuka.

Il ajoute : "Il ne s'agit pas seulement de voler ceux qui ont confié les ressources, mais c'est aussi une insulte à la dignité d'une personne que de manger sans gagner sa nourriture".

Le mal de la corruption, dit le prélat, c'est qu'elle a pour conséquence que les objectifs de bien commun ne sont pas atteints, et que la majorité des gens n'obtiennent pas leurs droits, qui leur appartiennent, tandis que quelques "voyous" obtiennent à tort plus que ce qu'ils devraient obtenir.

"En bref, la corruption mène à l'injustice", souligne-t-il, et ajoute, "Cela conduit à son tour à un sentiment de mécontentement et de manque de cohésion sociale".

La corruption entraîne un manque de confiance dans les dirigeants, qui se manifeste par le fait que peu de personnes se présentent aux urnes en période électorale, selon Mgr Sipuka.

Il appelle à la responsabilité personnelle dans la lutte contre la corruption en disant : "Alors que nous sommes enragés par la corruption, souvenons-nous que l'appel contre la corruption commence par nous. Dans notre vie personnelle et dans notre travail, nous ne devons pas être responsables d'actes et de dispositions qui sentent la corruption, sinon nous n'avons pas le droit de nous exprimer contre elle".


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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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