"Ne vous laissez pas tromper par les djihadistes ethniques et religieux", met en garde un prélat nigérian

Mgr Ignatius Kaigama avec des responsables de la jeunesse catholique dans l'archidiocèse d'Abuja.
Credit: Archidiocèse d'Abuja/Page Facebook

L'archevêque de l'archidiocèse d'Abuja, au Nigeria, a mis en garde les jeunes placés sous sa tutelle pastorale contre le risque de donner lieu à des antagonismes fondés sur l'ethnicité et la religion, y compris des propos qui peuvent favoriser les divisions.

S'adressant aux responsables de la jeunesse catholique de l'archidiocèse d'Abuja ce week-end, Mgr Ignatius Kaigama a mis en avant certaines des phrases qui, si elles sont employées, peuvent "vous monter les uns contre les autres".

"Ne vous laissez pas tromper par les djihadistes ethniques et religieux. Ayez des principes moraux solides et une foi ferme, et travaillez pour ce qui bénéficie à l'humanité plutôt que pour des intérêts locaux", a déclaré Mgr Kaigama aux jeunes lors de la réunion du samedi 14 novembre.

L'archevêque nigérian a ajouté : "Vous devez être conscients que des remarques sentimentales et conflictuelles telles que "ce sont des gens du Sud qui ont un programme", "ils ont un motif religieux du Nord" et "c'est contre notre religion", sont ce qui vous monte les uns contre les autres pour vous empêcher de prendre une résolution audacieuse et unanime de rechercher une vie meilleure en mettant fin à la corruption à la fois à un niveau bas et élevé.

"Lorsque notre équipe nationale gagne un match de football international, nous voulons tous nous identifier comme Nigérians. Lorsque le poste de directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se libère, nous voulons qu'un Nigérian l'occupe ; nous sommes fiers qu'un prix Nobel de la paix soit nigérian", a fait remarquer Mgr Kaigama. 

Il a cependant regretté que "lorsqu'il est impératif de transcender le chauvinisme tribal, la myopie religieuse et l'abracadabra politique pour des intérêts nationaux, notre éducation et notre exposition semblent nous faire défaut".

Faisant référence aux récentes manifestations nationales menées par des jeunes contre les brutalités policières qui ont été "perturbées par des éléments sans scrupules", l'archevêque a posé la question suivante : "Avons-nous la capacité, en tant que Nigérians, d'entreprendre quelque chose de positif qui ne puisse être détourné ou paralysé par ceux qui souffrent d'une sorte de paranoïa sociale ou politique ?

L'archevêque de 62 ans a continué à s’interroger : "Est-il possible d'éviter d'introduire des sentiments tribaux, des facteurs religieux et la dichotomie nord/sud dans la poursuite du bien commun de cette nation ? Est-il possible de ne pas s'inquiéter des personnes qui pourraient se sentir offensées et de s'engager dans une lutte non violente pour un changement positif au-delà des frontières étroites ou des préjugés".  

"Lorsque de bonnes initiatives sont introduites par qui ou quel que soit le groupe dans l'Eglise, nous ne devons pas les paralyser pour des raisons ethniques ou géopolitiques", a déclaré Mgr Kaigama aux jeunes réunis dans la pro-cathédrale Notre-Dame Reine du Nigeria de l'archidiocèse d'Abuja, les exhortant à ne pas "importer" la mentalité des préjugés ethniques dans l'Eglise.

Il a expliqué : "Notre Église catholique est une famille universelle et d'origine apostolique. Alors que nous devrions lutter individuellement pour le pain quotidien et une vie meilleure, nous devons réaliser que ce qui est très important, c'est notre unité, le progrès, le salut des âmes et la façon de se qualifier en tant que citoyens du ciel".

Dans son discours aux jeunes dont il s'occupe, l'archevêque nigérian a déploré la corruption omniprésente dans la nation la plus peuplée d'Afrique, déclarant : "Que nous soyons jeunes ou âgés, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, coupables de pratiques corrompues et nous devrions chercher la purification et le pardon de Dieu. ”

Les Nigérians passent "du temps à conjuguer le verbe "corrompre"" : Je corromps, tu corromps, il corrompt, elle corrompt, nous corrompons, vous (au pluriel) corrompez, ils corrompent", a observé Mgr Kaigama, ajoutant : "Nous semblons avoir développé une culture où il est normal de corrompre ou de connaître une personne influente afin d'être employé, promu ou même de faire approuver des budgets".

"Certains professeurs d'université, outre leur mission principale, essaient d'enseigner dans trois ou quatre universités (pour des raisons économiques) et manquent donc de concentration pour encadrer correctement les étudiants", a-t-il souligné.

L'archevêque a poursuivi en soulignant des exemples de corruption au Nigeria en disant : "Certains commerçants mettent des articles faux ou défectueux en dessous tout en trompant l'acheteur en affichant de beaux articles sur le dessus ; un mécanicien peut vous dire qu'il a remplacé une nouvelle pièce de votre voiture alors qu'il n'a fait que polir l'ancienne !

"Ma chère jeunesse, admettons que ce qui ne va pas est mal", a-t-il dit, appelant les jeunes non seulement à "pointer du doigt les coupables" mais aussi à "prier pour les dirigeants à tous les niveaux".

"Si des enfants sont maltraités, des jeunes filles sont violées, des palliatifs pour les pauvres sont détournés, des personnes sont kidnappées, et si des postes politiques ou de sécurité sensibles au sein du gouvernement de l'État ou fédéral sont attribués non pas en fonction du mérite mais sur la base de considérations religieuses et tribales, nous avons encore un long et difficile chemin à parcourir", a déclaré Mgr Kaigama.

Il a exhorté les jeunes à "amender leur vie pour que vous soyez les étoiles brillantes du Nigeria", en leur assurant que l'Eglise fera toujours ce qui est possible pour les soutenir.  

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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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