Trois sujets de préoccupation qu'un prélat sud-africain souhaitent voir abordées dans l'Église et la société

Mgr Sithembele Sipuka, évêque du diocèse d'Umtata en Afrique du Sud.
Credit: Domaine public

La nécessité de renforcer la responsabilité dans l'administration des ressources de l'Église, la recrudescence des cas signalés du COVID-19 et la corruption sont les trois sujets qu'un prélat catholique d'Afrique du Sud souhaite voir dûment abordées.

Dans une réflexion publiée par la Rencontre interrégionale des évêques d'Afrique australe (IMBISA) le mardi 1er décembre, Mgr Sithembele Sipuka explique ses préoccupations et reconnaît avec satisfaction les efforts mis en place pour répondre aux préoccupations dans certains cas. 

L'Ordinaire du diocèse d'Umtata en Afrique du Sud, qui est également le président de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC), s'inquiète du manque de responsabilité dans l'administration des ressources par les dirigeants de l'Église et du gouvernement.

Il déclare : "Une des conséquences douloureuses de l'inefficacité de nos gouvernements provinciaux et locaux a été de voir des fonds être rappelés par le Trésor national en raison de l'incapacité des autorités locales à utiliser efficacement ces fonds pour leur objectif de service aux pauvres".

"En tant qu'Église, nous ne sommes pas complètement innocents de cette inefficacité", note Mgr Sipuka, qui explique : "Alors que les prêtres et les religieux accomplissent généralement le travail pastoral physique de célébration des sacrements et de visite aux malades, certains manquent dans l’administration".

Il explique en outre au figuré : "Essayer d'obtenir un simple rapport financier trimestriel ou des statistiques annuelles de la paroisse peut, dans certaines situations, être comme essayer d'arracher une dent de la gueule d'un lion de mauvaise humeur avec deux doigts".

Certains partenaires potentiels ont refusé des demandes de membres du clergé et de religieux en raison d'un manque de responsabilité dans les partenariats précédents, observe Mgr Sipuka. "Cela entache vraiment notre nom et confirme le stéréotype selon lequel les locaux sont inefficaces", déclare l'évêque sud-africain qui, il y a deux mois, a mis en garde le clergé et les religieux contre le fait de céder à la pression des familles pour une mauvaise utilisation des ressources de l'Eglise.

Pour l'avenir, dit l'évêque, la formation du clergé et des religieux et religieuses devrait "nous donner la capacité d'une administration simple, car elle est tout aussi importante que le travail pastoral".

En ce qui concerne les ressources, il a souligné : "Nous devons avoir un plan de la manière dont nous en prenons soin et l'évaluer, et nous devons trouver des fonds pour mettre en place les structures nécessaires à leur prise en charge et rendre compte de ces fonds. ”

La recrudescence des cas signalés du COVID-19 en Afrique du Sud est une question qui doit être dûment traitée par les parties prenantes concernées, y compris les citoyens ordinaires, déclare Mgr Sipuka dans sa réflexion du 1er décembre.

"Selon la plupart des témoignages, la recrudescence, ou la deuxième vague, est due en grande partie au fait que les gens n'adhèrent pas aux mesures préventives du Covid-19", déclare le président de la SACBC qui ajoute : "Ce qui est inquiétant, c'est que ces mesures ne sont pas bafouées pour des raisons de survie, par exemple, les gens font la queue pour obtenir des subventions ou des colis alimentaires, mais pour des raisons culturelles et de divertissement. ”

Il appelle les dirigeants à "faire quelque chose pour résoudre ce problème" car "en tant que dirigeants, que cela nous plaise ou non, nous serons impliqués dans les conséquences de ces comportements mortels".

Blâmant les jeunes pour avoir ignoré les règles COVID-19 à cause du divertissement, Mgr Sipuka exhorte les dirigeants du pays à présenter aux jeunes "la valeur de reporter le plaisir momentané pour le bien commun".

"Plus important encore, nous devons souligner que le désagrément actuel imposé par la réglementation COVID-19 n'est rien comparé au désagrément pour la vie sociale et l'économie qui découlera de l'infection par COVID-19, il y aura beaucoup de larmes et de regrets", met en garde l'évêque de 60 ans.

Il observe en outre que les événements culturels constituent "une occasion parfaite pour la propagation du virus" étant donné que lorsque les gens se rapprochent les uns des autres, ils mangent dans un plat commun et boivent dans le même billycan.

Il préconise l'utilisation de "valeurs de soutien, de croyances et de conversion mentale qui motiveront l'engagement personnel à respecter les protocoles de santé doivent".

"Nous devons faire appel à la valeur de la vie qui est la plus élevée chez les Africains", dit-il et explique, "les ancêtres africains et les parents décédés sont censés valoriser la vie et ne devraient donc pas s'inquiéter si une fonction ancestrale est reportée jusqu'à ce que la pandémie COVID-19 soit terminée ou si elle est effectuée différemment afin de protéger la vie".

Il ajoute que lorsque des événements culturels sont nécessaires, les personnes concernées doivent être encouragées à boire la bière traditionnelle avec des tasses personnelles et à manger à partir de plats individuels.

L'Afrique du Sud a enregistré 790 004 cas de virus, dont 21 535 décès et 731 242 guérisons.

En ce qui concerne la corruption en Afrique du Sud, Mgr Sipuka félicite le gouvernement d'avoir pris des mesures concrètes pour s'attaquer au vice, en faisant notamment référence aux enquêtes en cours sur l'ancien président Jacob Zuma et l'homme politique Ace Magashule.  

Cependant, il y a "une inquiétude croissante que les factions ... parmi les élites du parti au pouvoir se répandent maintenant sur les gens ordinaires, ce qui pourrait conduire à la violence", note-t-il.

Un clip vocal, qui a appelé les vétérans de l'armée à se rassembler et à protéger l'ancien président "pourrait n'être que le début d'une série d'occasions de violence à motivation politique", met en garde Mgr Sipuka.

"Alors que nous nous réjouissons de la perspective de voir la corruption enfin traitée, préparons-nous également à faire face à une situation où des caïds corrompus, pour éviter des peines de prison, se présenteront comme des victimes politiques et inciteront les gens à la violence et à l'insubordination", met en garde l'évêque sud-africain dans sa réflexion du 1er décembre.

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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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