« L'hypothèque de la patrie est pire que l'esclavage », met en garde l'évêque gabonais contre la classe politique

Mgr Mathieu Madega Lebouakehan, évêque du diocèse de Mouila au Gabon
Credit: Domaine public

Alors que les catholiques du monde entier entraient dans la deuxième semaine de la nouvelle année liturgique, préparant la célébration de la naissance de Jésus-Christ et sa seconde venue, un évêque du Gabon a, dans un message de la saison de l'Avent, lancé un appel de détresse pour exprimer ses préoccupations concernant la situation politique et économique de la nation ouest africaine et a appelé les citoyens et les dirigeants politiques à ne pas vendre leur patrie par intérêt égoïste.

« Ne jamais hypothéquer « notre maison commune », notre patrie ; ne pas l'écorcher, ne pas la vendre, mais protéger notre patrie. Vendre toute la patrie et/ou l'écorcher pour en vendre les parties est un acte de haute trahison gravement répréhensible, c'est la décision la plus abjecte, la plus malheureuse de toutes les entreprises », a déclaré Mgr Mathieu Madega Lebouakehan du diocèse de Mouila au Gabon qui est aux commandes de la Conférence épiscopale dans un communiqué lu dimanche 8 décembre, dans toutes les paroisses.

« La vente ou l'hypothèque de la patrie est pire que l'esclavage. Nous ne pouvons écorcher et/ou vendre la Mère que si et seulement si nous ne sommes pas un véritable enfant de la Mère, ou si nous sommes un enfant très indigne de cette Mère », a remarqué Mgr Madega dans sa déclaration et a exhorté tous les membres de son diocèse à « être de vrais et très dignes enfants du Gabon, «  notre maison commune », « notre seule patrie et notre pays ». »

Selon le Prélat, « il est urgent de sécuriser à la fois le territoire et la population, et le pouvoir institutionnalisé. C'est le rôle beau et impératif du pouvoir institutionnalisé lui-même. Car si au moins un de ces trois éléments est négligé ou déformé, ou s'il subit une dégradation, alors une dégradation de l'état devient prévisible, voire inévitable. »

Le Gabon a été le théâtre d'incertitudes politiques ces derniers temps, après que le président Ali Bongo eut subi un accident vasculaire cérébral en octobre 2018 alors qu'il se trouvait en Arabie saoudite.

Pendant son absence prolongée, l'armée a annulé une tentative apparente de coup d'État par un petit groupe de soldats renégats pour renverser son régime.

En mai 2019, Ali Bongo a limogé son vice-président et ministre des Forêts après l'éclatement d'un scandale concernant la contrebande de bois précieux dans le pays, dont les trois quarts sont forestiers.

Dix membres de l'opposition politique, de la société civile et du mouvement syndical gabonais ont également intenté une action en justice pour demander que l'aptitude médicale du Président Bongo soit évaluée en vue de son maintien en fonction.

Dans un dernier développement, le président Bongo a nommé lundi 9 décembre, son fils aîné Noureddin Bongo, en tant que «coordinateur des affaires présidentielles», une décision qui a poussé les critiques et les partis d'opposition à accuser la famille Bongo de «vouloir transformer la présidence en un «héritage» et préparer Noureddin Bongo à prendre le pouvoir de son père malade.

Ali Bongo a succédé en 2009 à son père, Omar Bongo, qui avait dirigé le pays pendant 42 ans.

Dans ce contexte, Mgr Madega a, dans une déclaration en 12 points basée sur les Saintes Écritures et utilisant une approche approfondie, appelé ses compatriotes à « rejeter l'aveuglement du cœur et l'intelligence qui cherchent le profit dans le futur immédiat sans penser au lendemain ».

« Où seriez-vous aujourd'hui si vos ancêtres avaient consciemment vendu votre terre ?" s’est interrogé le prélat gabonais qui a ajouté : « Vous n'avez qu'une seule vraie patrie, le Gabon, «  notre maison commune ». »

Selon le chef de l'Église, « ceux qui cèdent à la tentation de vendre et ceux qui cèdent à la tentation d'acheter la poule aux œufs d'or qu'est notre pays, le Gabon, savent que les illustres ancêtres de ce pays, qui n'étaient pas nomades mais sédentaires, sont jaloux de leur terre de repos: ils n'acceptent pas cette mauvaise transaction, cette extrême trahison ».

« Respectez ces ancêtres qui vous ont laissé un beau pays. Et si nécessaire, demandez-leur pardon; alors vous serez bénis par Jésus-Christ », a-t-il déclaré.

« Si le Gabon veut toujours être un État souverain, que ses fils et ses filles exercent sa souveraineté selon la royauté et la seigneurie de Jésus-Christ », a-t-il dit, en faisant référence à la classe politique, «  ils ne doivent ni hypothéquer son espace terrestre et maritime qui constitue son territoire délimité par des frontières, ni le partager comme un gâteau d'anniversaire ou une fête funéraire ».

L'Ordinaire local du diocèse gabonais de Mouila a également exhorté le pouvoir institutionnel à « ne pas être une girouette mue par le vent, ni un « commis » de mains invisibles, ni un ensemble d'aventuriers constituant une sorte de génération spontanée capricieuse. »

Selon lui, « le pouvoir doit être crédible et accepté d'abord par les populations qu'il est censé représenter et servir, puis par les observateurs internes et externes et par les pouvoirs frères ».

« La population gabonaise ne doit pas être intimidée, brutalisée, dépossédée de ses terres, manipulée, méprisée ou vendue, mais une population fermement constituée par le ciment de l'amour fraternel, par le lien de la paix dans la vérité et tournée vers l'avenir avec un espoir réaliste », a souligné Mgr Madega dans son discours en 12 points. 

« Une population qui lutte pour voir les résultats tangibles de la dette de son État, alors que ce même État lui demande de faire des efforts herculéens, affirme-t-il et poursuit : « En effet, serait-il normal de demander constamment à ceux qui souffrent déjà, fragiles, de donner du sang et en même temps de leur demander de travailler davantage ? N'est-ce pas une façon de planifier leur mort ? »

Comment multiplier et augmenter les impôts tout en maintenant ou en réduisant les salaires fixes, sans impact concret visible sur la vie quotidienne des populations rurales et urbaines ? N'est-ce pas là une façon mathématique de programmer la misère de la population et de la rendre esclave en masse d'une « nouvelle oligarchie » ?

« Puissent les slogans vides, les fausses publicités et les distractions éphémères céder la place à une prise de conscience de ce qu'est réellement le Gabon aujourd'hui, en vue d'un début effectif de souveraineté et de patriotisme et d'un bon engagement pour le bonheur réel de toute la population », a conclu le Prélat du Gabon.


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P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
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